mercredi 1 août 2018

Séance 36


HOT ARIEGE
Du swing, des blue notes et du rythme
Avec Bruno Blue Boy !



Séance 36 

1/ John Primer, 
Né en 1925 dans le Mississippi.
Il entame sa carrière en 1974 à Chicago où il joue dans un club jusqu’en 1980. En 1979 il rejoint la formation de Willie Dixon, les Chicago Blues All Stars, puis celle de Muddy Waters jusqu’à la mort de ce dernier en 1983. Il rentre alors dans l’orchestre de Magic Slim, les Teardrops.
Sa carrière solo démarre en 1991, date à laquelle il sort son premier album chez la marque autrichienne Wolf.
On écoute un morceau issu de l’album « It’ A Blues Life » paru en 1998 chez Wolf. Le morceau s’intitule I’ve Been Abused, c’est un classique de Willie Dixon qu’avait interprété Howlin’ Wolf. John Primer au chant et à la guitare est entouré de Tom Holland à la guitare, Steve Bell à l’harmonica, Ken Barker au piano, Nick Holt (frère de Magic Slim) à la basse et Bert Robinson à la batterie.  
► John Primer - I’ve Been Abused
Du Chicago blues solide, sans bavure, impeccable.
Depuis 1991, John Primer sort quasiment un album par an. A ma connaissance le dernier date de 2017.
John Primer n’est pas un bluesman de premier plan. Il fait partie de ces accompagnateurs plus jeunes que les figures historiques et qui ont pris leur suite pour maintenir le flambeau du blues jusqu’à nos jours. C’est du bon blues, du vrai.


2/ Joe McCoy, 1905-1950
En fait, il faudrait parler des McCoy Brothers, deux frères originaires du Mississippi : Joe, parfois surnommé Kansas Joe, chanteur guitariste, est l’aîné ; Charlie, né en 1909, est chanteur, guitariste et mandoliniste. Ils ont joué séparément ou ensemble.
Alors que le second, Charlie, joue à l’origine dans un style rural classique pour le Mississippi – il a fréquenté Tommy Johnson, Ishman Bracey ou encore Walter Vincson -, l’aîné Joe adopte un style plus urbain. En 1927 il épouse la chanteuse Memphis Minnie et se fixe à Memphis. Ensemble ils enregistrent pour Columbia en 1929. Puis ils vont vire à Chicago en 1930 et là ils enregistrent pour Vocalion et Decca jusqu’en 1934, date de leur rupture.
Joe McCoy s’associe alors avec son frère Charlie venu entre-temps à Chicago. Ensemble ils constituent un orchestre, les Harlem Hamfats, et enregistrent pour Decca et Vocalion jusqu’en 1939.
Ensuite ils enregistrent sous des noms divers. On écoute un morceau de 1940, crédité à Big Joe and His Washboard Band. Sur ce morceau intitulé I’m Through With You, Charlie, n’apparaît pas : on trouve Joe McCoy au chant et à la guitare, Robert Lee McCoy à l’harmonica (il s’agit en fait de Robert Nighthawk, qui était alors musicien de studio à Chicago et qui deviendra une grande figure parmi les guitaristes), probablement Ransom Knowling à la basse et Amanda Sortier au washboard et au chant. 
Joe McCoy a enregistré quatre faces pour Okeh en 1940. Les derniers enregistrements des McCoy Brothers ont été réalisés entre 1941 et 1944 pour Bluebird qui était encore à ce moment-là la grande marque de Chicago.
Les frères McCoy sont morts à quelques mois d’intervalle en 1950. Ils font partie des artistes qui incarnent la transition entre le blues rural traditionnel et le blues urbain moderne, comme Memphis Minnie et Robert Nighthawk que j’ai évoqués tout à l’heure.


3/ Jimmy Lee Robinson, 1931-2002
Jimmy Lee est né à Chicago. Il fréquente la fameuse rue Maxwell dès l’âge de onze ans. Il joue de la guitare, plus tard il sera aussi chanteur et bassiste.
Jimmy Lee Robinson a constamment changé de groupe et il jouera essentiellement comme musicien d’accompagnement dans les boîtes ou alors de studio. En 1949, il joue avec Eddie Taylor ; en 51-52, avec Little Willie Foster, puis Lazy Bill Lucas ; en 52-53, avec Freddie King, puis Elmore James. Il se fait embaucher par Little Walter en 1955 et il part avec lui faire des tournées dans le sud jusqu’en 1959.
Il adopte ensuite la basse électrique.  Il joue avec Magic Sam, Jimmy Reed, Eddie Clearwater jusqu’en 1962. Durant cette période il enregistre pour Bandera. En 62-93, il joue avec Willie Mabon ; en 64, avec Sunnyland Slim, en 65 avec Buddy Guy.
1965, c’est l’année où il participe à la tournée européenne de l’American Folk Blues Festival. On écoute un morceau tiré du CD de cette tournée. Il s’agit de Rosalie, où  Jimmy Lee Robinson sous le nom de Lonesome Jimmy Lee est au chant et à la guitare, Buddy Guy à la basse, Eddie Boyd à l’orgue et Fred Below à la batterie.
1965, c’est vraiment une des meilleures années de l’American Folk Blues Festival, peut-être même la meilleure, grâce à des prestations exceptionnelles de géants du blues comme John Lee Hooker, Fred McDowell, Buddy Guy ou encore Big Mama Thornton. Et on voit que celle de Jimmy Lee Robinson ne démérite pas, bien au contraire. Sans parler du soutien à la batterie de celui qui fut un des meilleurs dans le genre, Fred Below. 
Par la suite, Jimmy Lee Robinson abandonne la musique. Il se fait chauffeur de taxi. Il réapparaître dans les années soixante-dix, et fera même plusieurs albums dans les années quatre-vingt-dix. 
Le jeu de Jimmy Lee Robinson est d’une très grande sobriété. C’est souvent ce qui est le plus efficace dans le blues.


4/ Lefty Frizzell, 1928-1975  
Qui était donc ce gaucher, Lefty ? Une grande figure de la country music. William Orville Frizzell est originaire du Texas. C’est là qu’il commence à chanter dans les boîtes de nuit à partir de 1950. Il est repéré par un producteur grâce auquel il peut enregistrer pour Columbia Records. Il décroche immédiatement un énorme succès avec If You’ve Got The Money (I’ve Got The Time). Tout est dit dans le titre : « Si t’as le fric, j’ai le temps ».
Dès lors Lefty Frizzell enregistre de nombreux 45 tours. Il enchaîne les succès, plaçant de nombreux hits dans les sommets du hit-parade country, dont plusieurs numéros 1. On parle de lui comme le nouveau Hank Williams, le roi de la country music.
Mais à partir de 1954, le succès décline. La raison en est simple : le succès d’Elvis et du rockabilly fait passer les artistes country à la voix qui sonne résolument « hillbilly » pour des péquenots ringards. Le film célèbre Jailhouse Rock, dont Elvis est la vedette, décrit parfaitement ce phénomène. A noter d’ailleurs que Frizzell avait fait de la taule dans sa jeunesse.
Pourtant, country et rockabilly sont extrêmement proches et de nombreux artistes country se sont essayé au rock ‘n’ roll pour tenter de rester dans le haut des charts. Ce fut le cas aussi pour Lefty Frizzell et le morceau qu’on va écouter, You’ve Hambuggin’ Me enregistré en 1958, démontre clairement ses grandes capacités en la matière.
Super morceau de rock ‘n’ roll, mais on sent bien que la voix de Lefty Frizzell ne colle pas pour les ados des années cinquante. 
Dès lors, le déclin se confirme. Le dernier succès de Lefty Frizzell date de 1964. Après il sombrera dans l’alcool et il meurt d’un AVC à 47 ans. 


5/ Bobo Jenkins, 1916-1984
John Pickens, surnommé Bobo, Jenkins est né en Alabama. En 1928, il quitte sa famille et se rend à Memphis. Il se fait nettoyeur, mécanicien, travailleur dans les champs de coton de l’Arkansas. En 1942, il se fixe à Detroit, la ville de l’automobile. Il bosse alors pour Packard, puis pour Chrysler. Il fréquente le milieu de blues, Eddie Burns, John Lee Hooker.
C’est en 1954 qu’il fait ses débuts professionnels dans le blues. Il est embauché par un club de St. Louis. Cette année-là il enregistre pour Chess le morceau Democrat Blues qui remporte un certain succès. 
En 1955-1956, il enregistre des 45 tours pour Boxer et Fortune. On écoute un morceau de cette période : Tell Me Who, enregistré pour Boxer. 
« Dis moi qui », morceau tiré de l’excellente compilation « Gonna Rock The Blues », publiée par Official en 1995, toujours disponible.
En 1964, Bobo Jenkins a fondé sa propre marque de disques, Big Star. Entre 1972 et 1977, il sortira trois de ses albums sur Big Star. A partir de 1969, il a participé à pas mal de festivals. Il a fait notamment une tournée européenne en 1982 avec l’American Living Blues Festival.


6/ Ivory Joe Hunter, 1914-1974
 Séquence rhythm and blues. Ivory Joe Hunter est un chanteur , compositeur, pianiste né au Texas. Au début des années quarante, il fait de la radio. En 1942, il va à Los Angeles. Il joue avec les Three Blazers de Johnny Moore.
Il décroche son premier hit en 1945 avec Blues At Sunrise. Il crée sa propre marque de disques, Pacific Records. En 1947, il enregistre pour Four Star et pour King.
C’est en 1950 qu’il place son premier hit numéro 1 au Billboard, le hit-parade rhythm and blues. Le morceau a été enregistré chez MGM à New York, il s’appelle I Almost Lost My Mind et on l’écoute.
Ivory Joe Hunter est au chant et au piano, Taft Jordan à la trompette, Bill Pemberton à la basse et Kelly Martin à la batterie.
Le succès de Ivory Joe Hunter est considérable. Il a placé pas mal de chansons dans le Top 10. Citons encore Since I Met You Baby en 1956.
Il aurait écrit plus de 7000 chansons ! Beaucoup ont été interprétées par de grandes vedettes, notamment Elvis Presley. Son succès durera jusque dans les années soixante, y compris dans le milieu de la country music, ce qui est plutôt étonnant.


7/ Ella Mae Morse, 1924-1999
 Ella Mae Morse est une artiste inclassable. Ella joué tous les genres de musique et son style mélange jazz, rhythm and blues, gospel et country. 
Elle n’a pas 15 ans en 1939 lorsqu’elle entre dans l’orchestre de Jimmy Dorsey, une des stars de l’ère du swing. Elle rejoint ensuite l’orchestre de Freddie Slack et c’est avec lui qu’elle enregistre en 1942 Cow Cow Boogie qui donnera à la firme Capitol son premier disque d’or.
Sa carrière solo démarre en 1943. Elle décroche cette année-là un hit numéro 1 au Billboard, Shoo-shoo Baby. On écoute l’un de ses morceaux les plus connus, The House OF Blue Lights, qui date de 1946 : Ella Mae Morse chante, Don Raye seconde voix, Freddie Slack piano, George Van Eps guitare, Jack Ryan basse et Nick Fatool batterie 
The House Of Blue Lights n’a pas décroché de hit à l’époque mais pour les connaisseurs c’est un morceau qui compte dans l’histoire du rhythm and blues. Son approche très moderne pour l’époque a exercé une vraie influence et il fait partie des morceaux précurseurs du rock ‘n’ roll. Chuck Berry, Jerry Lee Lewis et beaucoup d’autres l’ont repris. On le trouve dans une quantité de compilations consacrées au rhythm and blues.
La grande année pour Ella Mae Morse c’est 1952. Cette année-là sortent Blacksmith Blues, numéro 3 au Billboard, plus d’un million d’exemplaires vendus et Oakie Boogie, classé aussi au Billboard, à mi-chemin entre la country et le rock ‘n’ roll.
Ella Mae Morse cesse d’enregistrer en 1957. Elle a continué à jouer dans des clubs jusque dans les années quatre-vingt-dix. Elle est l’une des rares chanteuses non afro-américaines à avoir joué un rôle dans l’histoire du rhythm and blues, un peu comme Johnny Otis chez les hommes.


8/ Bob Wills, 1905-1975  
Nous avons déjà eu l’occasion d’écouter dans Hot Ariège le fantastique morceau de country music, Steel Guitar Rag, un des fleurons du western swing dont Bob Wills, figure majeure de la country, est l’un des créateurs. 
Bob Wills forme son groupe, les Texas Playboys, en 1932 / 1933. Le groupe doit son nom à une marque de farine, la Playboy Flour, qui sponsorise le groupe ! Le groupe augmente peu à peu et en 1934, il compte outre Bob Wills au violon, un chanteur pianiste, un guitariste rythmique, un banjo, deux steel guitars – l’instrument en acier à la sonorité si particulière -, une batterie, une trompette et un saxo.
Amalgame de jazz, de blues et de country, le western swing est devenu dans les années quarante le genre dominant de la country music et les formes qui en sont issues, comme le country boogie et le honky tonk, joueront un grand rôle dans l’émergence du rockabilly, le courant sudiste qui a formé le noyau dur du rock ‘n’ roll.
On écoute Milk Cow Blues, un morceau du bluesman Kokomo Arnold, joué également par Sleepy John Estes et Big Bill Broonzy, dont le frère cadet de Bob Wills, Johnnie Lee Wills avait sorti une version country en 1941. Celle de Bob Wills date de 1946.
Ce morceau est devenu également un classique du rock ‘n’ roll avec les versions d’Elvis Presley et Eddie Cochran. Blues, country, rock ‘n’ roll, on a ici un bon exemple de la manière dont ces genres différents se rencontrent.
Surnommé le king du western swing, Bob Wills a vendu des millions de disques. Il a reçu un disque d’or en 1944 pour le morceau San Antonio Rose dont les premiers mots sont gravés sur sa tombe. 


9/ John Lee Sonny Boy Williamson, 1914-1948  
Les auditeurs de Hot Ariège savent maintenant qu’il y a deux Sonny Boy Williamson, un vrai et un faux. Le vrai nom du faux est Rice Miller et il a usurpé le nom du premier dont l’aura dans les années quarante était considérable dans le monde du blues et de l’harmonica. Et, suprême injustice, le nom de Sonny Boy Williamson reste encore aujourd’hui associé au faux, qui était un des génies du blues de Chicago dans les années cinquante soixante, alors que le vrai, John Lee Sonny Boy Williamson (on distingue le vrai en nommant son prénom, John Lee), est tout de même celui qui a contribué d’une part à faire de l’harmonica un instrument essentiel du blues et d’autre part à forger la formule du blues de Chicago moderne
On a eu l’occasion d’entendre dans Hot Ariège un de ses duos avec le guitariste Big Joe Williams. Je vous propose de l’écouter dans un morceau de 1945, Sonny Boy’s Jump. Sonny Boy est au chant et à l’harmonica, Eddie Boyd au piano, Big Sid Cox à la guitare, Ransom Knowling à la basse ; on ne sait pas qui tient la batterie, peut-être Jump Jackson qui la tenait dans une séance d’enregistrement similaire dix jours plus tard.
On trouve ce morceau dans une série éditée par le label JSP. Elle s’appelle « The Original Sonny Boy Williamson, The Laters Years 1939-1947 » et Sonny Boy’s Jump figure sur le CD C, 1942-1947.
John Lee Sonny Boy Williamson a appris qu’un usurpateur se faisait passer pour lui dans le sud. Il a voulu aller lui faire la peau. Il n’aura pas eu le temps. Il est mort assassiné le 1er juin 1948.


10/ Big Jack Reynolds   
Chanteur, guitariste, harmoniciste de Toledo dans l’Ohio. Il a sorti plusieurs 45 tours chez de petites marques, Hi-Q, Mah, dans les années soixante. Il s’agit en fait de Chicago blues de bonne facture. 
Je vous propose d’écouter un morceau plus récent tiré d’un album intitulé « Broke and Disgusted » paru chez Highball Records fin des années quatre-vingt. Le morceau s’appelle Poor Boy. 
Big Jack Reynolds au chant, à la guitare et à l’harmonica, Larry Gold à la guitare, John Henry Newmark à la basse, Chad Smith au piano et Slim Tom Gahagan à la batterie. 
 Big Jack Reynolds est décédé en 1994. On ne peut que regretter que l’Ohio n’ait pas été une région plus favorable au blues et que Big Jack Reynolds n’ait pas bénéficié du soutien d’une grande marque.


Vous pouvez écouter les morceaux présentés ici en cliquant sur le titre de la chanson en ROUGE

Vous Pouvez écouter "Hot Ariège" en direct les mercredis a 19h sur Radio Transparence :

https://www.radio-transparence.org/

Merci pour votre visite & Bon Blues !!

mercredi 25 juillet 2018

Séance 35


HOT ARIEGE
Du swing, des blue notes et du rythme
Avec Bruno Blue Boy !

Séance 35 

1/ John Brim
Du blues pour commencer l’émission, du blues de Chicago, avec le chanteur guitariste John Brim, né en 1922 dans le Kentucky et décédé en 2003.
C’est en 1945 qu’il se fixe à Chicago où il travaille dans une blanchisserie. C’est un habitué de la fameuse rue Maxwell, la Maxwell Street, où se produisent les bluesmen de Chicago. En 1947 il épouse Grace Millard qui chante et joue de l’harmonica. Plus tard elle jouera aussi de la batterie et l’accompagnera.
En 1951 il enregistre un premier disque avec Big Maceo pour Fortune. En 1951-1952, il enregistre pour Random et J.O.B. Il joue alors fréquemment avec Jimmy Reed, Eddie Taylor, Albert King.
En 1953 il réalise plusieurs sessions pour Chess. Il enregistre notamment le morceau Ice Cream Man qui ne sera édité que seize ans plus tard, en 1969. On a déjà parlé de la politique de Chess qui ne voulait pas faire d’ombre à ses artistes vedettes. On écoute Ice Cream Man. John Brim est au chant et à la guitare, Eddie Taylor à la guitare également, Little Walter à l’harmonica et Elgin Evans à la batterie.
Ce morceau a fait l’objet d’une reprise en 1978 par le groupe de hard rock Van Halen, ce qui a permis à John Brim de toucher de substantiels droits d’auteur. Il est toujours un peu exaspérant de penser que les bluesmen ont eu tellement de mal à survivre dans les années cinquante soixante, que lorsqu’ils touchent trois sous c’est parce que d’autres ont puisé dans leurs œuvres et qu’en fin de compte ils restent largement méconnus. D’où une émission comme celle de Hot Ariège qui tente modestement de rétablir les choses. 
En 1953 toujours, John Brim enregistre aussi pour Parrot et le morceau Tough Times connaît un certain succès. En 1955-1956, John Brim enregistre à nouveau pour Chess. Jusqu’en 1960, John Brim et sa femme jouent dans des clubs de Chicago. Ils renoncent ensuite à la carrière. John Brim fonde son propre label, BB, chez lequel il sortira un disque en 1971. Grâce aux droits d’auteur générés par Van Halen, il ouvre ensuite un night club. 
Il réapparaît en 1991 au Chicago Blues Festival. A noter qu’il est accompagné par un groupe qui s’appelle les Ice Cream Men, alors que cela n’a rien à voir avec son morceau de 1953 : c’est lié au fait que le leader d’origine, Smokey Smothers, était vendeur de glaces (« ice cream » en anglais).  
En 1994 il sort un album chez Tone Cool Records. En 1997, il participe au San Francisco Blues Festival.
Comparé à la plupart des autres bluesmen de Chicago, John Brim joue comme eux une musique issue du Mississippi mais avec la particularité que lui n’est pas né dans le Mississippi. En fait il a appris le blues par le disque, notamment ceux de Big Bill Broonzy et de Tampa Red, deux géants du blues avant-guerre à Chicago. Mais il a su s’immerger totalement dans le blues local.
John Brim, retenez ce nom ! C’est un excellent bluesman de Chicago.


2/ Roy Brown 
Du blues on passe au rhythm and blues avec le chanteur pianiste Roy Brown. Roy Brown est né en Louisiane à une date controversée, probablement en 1920 même si la date la plus couramment admise est 1925. 
Roy Brown commence dans le gospel. Il fait aussi de la boxe. Il gagne un concours de chant en 1945. Ensuite il chante dans des clubs au Texas, en Louisiane. Son style d’alors est celui d’un crooner à la Frank Sinatra. Problème : il est rejeté par les Noirs parce que son répertoire est blanc et sa voix sonne comme celle des Blancs et il est rejeté par les Blancs parce qu’il est noir. Pas facile les années quarante aux Etats-Unis !
Le déclic se produit lorsqu’il signe chez De Luxe en 1948. Le titre Good Rockin’ Tonight atteint la treizième place au Billboard rhythm and blues. Il y a quand même un peu de quoi faire rager Roy Brown dans l’affaire, car il avait proposé le morceau l’année d’avant au shouter Wynonie Harris qui l’avait refusé. Et voilà qu’à peu près en même temps que lui Wynonie Harris sort une cover version du morceau, que nous avons d’ailleurs l’occasion d’entendre lors d’une précédente émission, qui, elle, atteint la première place au Billboard !
On écoute la version originale de Roy Brown.
Ce morceau est devenu un grand standard du rock ‘n’ roll, notamment après sa reprise par Elvis Presley. Roy Brown l’interprète à sa façon, avec une voix veloutée qui ancre le morceau dans le rhythm and blues plutôt que dans le rock ‘n’ roll, contrairement à la version syncopée de Wynonie Harris qui annonçait déjà le style qui allait faire fureur auprès des jeunes quelques années plus tard.
Chez De Luxe, Roy Brown place pas moins de 14 titres dans les charts, dont Hard Luck Blues numéro 1 en 1950. Cette performance fait évidemment de Roy Brown l’une des stars du rhythm and blues. 
Roy Brown enregistre aussi des morceaux pour le label King. Une affaire de royalties impayés l’amène à intenter un procès contre King en 1952. Les pratiques douteuses, voire mafieuses, des compagnies de disques ont été dénoncées par d’innombrables artistes. Mais bien peu ont osé aller en justice. C’est un problème que les salariés connaissent bien : mettre son patron aux prud’hommes, c’est le meilleur moyen de se faire foutre à la porte. S’attaquer à une compagnie, c’est s’attaquer à ceux qui vous permettent d’accéder au public. Roy Brown a gagné son procès. Et devinez quoi ? Il a eu beaucoup de mal par la suite à sortir des disques malgré sa notoriété. Beaucoup pensent qu’il a été blacklisté. 
Cela dit, la malveillance n’explique pas tout. Contrairement à Fats Domino ou Big Joe Turner, Roy Brown n’est pas parvenu malgré tous ses efforts à monter dans le wagon du rock ‘n’ roll, ce qui était le seul moyen de rebondir pour les artistes de rhythm and blues à partir du milieu des années cinquante. Or, on l’a dit, la voix et le style de Roy Brown se prêtaient assez peu à une telle reconversion.
Roy Brown parvient quand même à obtenir un hit en 1957, grâce à sa collaboration avec Fats Domino avec lequel il co-écrit le titre Let The Four Winds Blow. Chose assez incroyable, il est même retourné chez King par la suite ! Cela montre bien qu’il n’avait plus trop le choix. Il n’a pas renoué avec le succès pour autan mais il réussit encore à décrocher un hit en 1970 chez Mercury,  Love For Sale. 
J’ai parlé d’efforts de Roy Brown pour gagner le public du rock ‘n’ roll. On écoutera les morceaux qui ont concrétisé ses efforts dans de prochaines émissions.


3/ Eddie Cochran
Et nous passons à présent à quelqu’un qui n’a pas eu d’efforts à faire pour devenir une vedette du rock ‘n’ roll puisque qu’il s’est imposé spontanément comme l’une des plus grandes stars du genre : il s’agit d’Eddie Cochran.
Né en 1938, il décède dans un accident de voiture au cours d’une tournée en Angleterre à l’âge de 22 ans en 1960. Sa vie et sa carrière professionnelle auront donc été ultra courtes. Engagé par la firme Liberty de Los Angeles en 1956, Eddie Cochran ne perce qu’en 1958 avec Summertime Blues. Selon le mot de Charlie Gillett, Eddie Cochran est arrivé à contretemps pour les Etats-Unis. 1958, c’est déjà tard pour le rock ‘n’ roll. En revanche, la tournée qu’il fit en Angleterre avec Gene Vincent en 1960 au cours de laquelle il a laissé la vie a eu un énorme retentissement en Europe. Musicalement il avait inventé un nouveau style de rock ‘n’ roll avec une guitare rythmique agressive, lourde. Et les paroles de ses chansons, plus son look, lui permettaient d’incarner l’esprit de révolte adolescente comme James Dean avait pu le faire dans ses films.
On écoute Summertime Blues.
Le thème de la chanson est simple. Un lycéen en vacances, qui a trouvé un emploi temporaire, s’entend dire : « Tu n’auras pas la voiture, parce que tu n’as pas travaillé assez tard. » Il répond : « Je vais soumettre mon cas aux Nations Unies. » Son père, sentencieusement, lui explique alors : « J’aimerais t’aider, fiston, mais tu n’as pas l’âge de voter. » Et Cochran conclut : « Il n’y a pas de remède au blues de l’été ».  
Ce genre de paroles mélange l’ironie malicieuse d’un Chuck Berry à quelque chose de l’esprit de mai 68. C’est ce style qui va faire fureur en Europe dans les années qui suivent, qui va inspirer les rockers français du début des années soixante qui ont largement puisé dans le répertoire d’Eddie Cochran et qui va aussi inspirer plus tard les premiers groupes de rock anglais qui donneront à l’esprit de révolte une dimension nouvelle.
Eddie Cochran est un symbole du rock ‘n’ roll pur et dur, sauvage et agressif, et de l’époque des blousons noirs.  Pour nombre de fans, il a remplacé Elvis parti au service militaire et revenu crooner plutôt que rocker. Et sa disparition accidentelle précoce a laissé de lui une image intacte.


4/ Ed Bell
On change complètement de genre à présent. Nous allons parler du chanteur guitariste Ed Bell. Retour aux sources, retour au blues. Ed Bell est né en 1905 en Alabama. La date de sa mort n’est pas connue avec exactitude : on trouve selon les auteurs 1960, 1965 ou 1966.
Ed Bell commence à jouer à Greenville dans l’Alabama où il acquiert une grande notoriété. C’est sans doute cette notoriété qui lui permet de réaliser en 1937 à Chicago, c’est-à-dire très loin de là où il vivait, une session d’enregistrement pour Paramount. Les quatre titres enregistrés ont été édités. L’un d’eux, Mamlish Blues, a obtenu un certain succès. On l’écoute.
Il s’agit d’un enregistrement Paramount des années vingt, autant dire que le son n’est pas top. Marc estime que c’est une marque de mépris du label pour les artistes noirs de l’époque.
A noter que le mot « mamlish » ne fait pas partie de l’anglais classique. C’est un mot utilisé dans certains blues de l’époque et sa signification n’est pas très claire. Selon Jean-Paul Levet, auteur d’un ouvrage de référence sur le langage des Noirs des Etats-Unis intitulé « Talkin’ That Talk », paru aux Editions Hattier, ce mot n’est utilisé que pour renforcer le sens du mot suivant. Par ailleurs, Mamlish Records a été un label de blues dans les années soixante-dix. 
La suite de la vie d’Ed Bell est un peu mystérieuse. Les notes fournies avec le CD intitulé « Ed Bell (1927-1930) » indiquent que les auteurs s’accorderaient aujourd’hui sur le fait que le bluesman qui a enregistré pour CBS à New-York en 1929 sous le nom de Sluefoot Joe serait Ed Bell. La session comporte huit titres.
De la même façon, ces notes qui se basent sur les travaux d’un chercheur dénommé Don Kent, indiquent que le bluesman connu sous le nom de Barefoot Bill serait aussi Ed Bell. Le CD date de 1992, on ne sait pas de quand datent les recherches de Don Kent. Mais Arnaudon, dans son dictionnaire du blues paru en 1977, mentionne lui qu’Ed Bell se serait associé à Barefoot Bill, qu’il aurait joué à ses côtés et qu’ils se seraient rendus ensemble à Atlanta en 1928. Alors où est la vérité ? Je n’en sais rien. Barefoot Bill a fait quatre sessions pour Columbia en 1929-1930. En tout état de cause, peu après Ed Bell a renoncé au blues et s’est fait pasteur.
Pour terminer, les causes de la mort d’Ed Bell sont controversées. Certains parlent de mort naturelle, d’autres de meurtre ; on évoque un décès durant une marche pour les droits civiques, certains parlent même de magie noire ! Ce genre de mystère fait aussi partie de la magie du blues.


5/ Little Milton
On reste dans le blues mais dans un registre plus moderne: nous allons parler de Little Milton, né en 1934 dans le Mississippi, mort en 2005. Son nom est James Milton Campbell Jr.
Little Milton a commencé par chanter du gospel. A 12 ans, il est chanteur de rue. Il vire au blues, apprend la guitare, il est alors influencé par T-Bone Walker. En 1953 il forme un groupe, les « Playmates Of Rhythm ». Il a la chance de retenir l’attention d’Ike Turner, talent scout (c’est-à-dire chercheur de talents) de la maison Sun à Memphis. En 1953, 1954, il enregistre pour Sun. Le critique Gérard Hertzhaft le qualifie dans cette période de « bon imitateur de B.B. King ». 
A la fin des années cinquante, il travaille dans le sud et enregistre pour des marques diverses. Il s’établit dans l’Illinois et il fonde sa maison de disques, Bobbin. Il enregistre alors plusieurs sessions et le morceau Lonely Man est un premier succès. La marque Bobbin passera ensuite un contrat avec Chess. 
C’est avec Chess que sa carrière décolle vraiment. D’abord avec des morceaux comme So Mean To Me en 1962, puis Blind Man en 1964. Et en 1965 We’re Gonna Make It, numéro 1, puis Who’s Cheating Who ?, numéro 4 au hit parade rhythm and blues, font de lui une grande vedette nationale.
On écoute un morceau intitulé I Can’t Quit You Baby, tiré d’un album à succès paru en 1959 « Grits Ain’t No Groceries ». I Can’t Quit You Baby est une reprise d’un morceau écrit par Willie Dixon pour Otis Rush paru en 1956.
Little Milton a continué à remporter des succès en virant de plus en plus dans la soul music sans même plus jouer de la guitare, avec des arrangements orchestraux sophistiqués (chœurs féminins, violons etc.) qui diluent complètement la force expressive de son style. Mais c’est à la mode et ça marche ! Les problèmes arrivent quand Leonard Chess meurt en 1969 et la sous-marque de Chess, Checker, qui distribue les titres de Little Milton, sombre. Little Milton rebondit en signant chez Stax. Il continue à remporter des succès.  
Toutefois la firme Stax à son tour connaît la banqueroute en 1975. Little Milton galère alors d’une maison à une autre sans retrouver la place qu’il s’était forgée. Il continuera cependant à se produire et à faire paraître des albums jusqu’au bout.
Little Milton se situe au carrefour du blues et de la soul. C’est un excellent guitariste, inspiré de T-Bone Walker et B.B. King, qui est au meilleur quand il se situe dans le registre du blues sans que sa musique ne soit étouffée par une orchestration trop lourde.


6/ Skeets McDonald
On change de genre, place à la country music à présent avec le chanteur guitariste Skeets McDonald. Enos William McDonald est né en 1915  dans l’Arkansas et il est mort en 1968. Il a été surnommé Skeets dans son enfance en raison de sa manière de prononcer le mot moustique (mosquito en anglais). 
Il commence sa carrière en jouant dans le Michigan avec les Lonesome Cowboys en 1935-1936. Il forme un groupe, part à l’armée, il fait de la radio et de la télé. Il commence à enregistrer en 1950 pour le label Fortune au sein de l’orchestre de Johnnie White. Il enregistre ensuite sous son nom pour London et pour Mercury. 
En 1951 il va à Los Angeles et signe chez Capitol. Il enregistrera pour ce label plus de 80 titres jusqu’en 1958. En 1952, il obtient un immense succès avec Don’t Let The Stars Get In Your Eyes, resté numéro 1 au Billboard country music pendant dix-huit semaines. 
On écoute un morceau de cette période, Don’t Push Me Too Far, enregistré en 1956. Skeets McDonald chante avec Otis William Jo Maphis et Lewis Talley à la guitare, Ralph Mooney à la steel guitar, Jelly Sanders au violon, Clarence Bud Dooley à la basse et Pee Wee Adams à la batterie.
Un morceau intéressant, à la lisière de la country et du rockabilly. Le violon et la steel guitar l’inscrivent dans le style country, tandis que le rythme et le traitement sonnent rockabilly. Skeets McDonald penchait clairement vers la country, mais la firme l’incitait fortement à jouer du rockabilly. N’oublions pas qu’on est en 1956 !
Cette année-là, en 1956, il est accompagné par le jeune Eddie Cochran sur deux morceaux, You Oughta See Grandma Rock et Heart Breakin’ Mama, devenus par la suite des classiques du rockabilly.
En 1959, Skeets McDonald signe chez Columbia. Il placera quatre hits dans le hit-parade country entre 1960 et 1967. Aujourd’hui, alors qu’il a connu des succès importants et créé plusieurs standards de country et de rockabilly, le nom de Skeets McDonald n’est pas très connu, en dehors des amateurs, bien moins que celui de Johnny Cash par exemple, alors que leurs parcours sont très semblables. C’est un peu étrange, sans doute une question de promotion, de pub. En tout cas on aura l’occasion d’entendre à nouveau du Skeets McDonald dans Hot Ariège.


7/ Christine Kittrell
Et c’est une chanteuse qu’on écoute maintenant, une chanteuse de blues, Christine Kittrell née Christina Joygena Porter en 1929 à Nashville, décédée en 2001.
Christine Kittrell commence sa carrière professionnelle en 1945 dans l’orchestre de Louis Brooks, puis avec Big Joe Turner. En 1951, elle réalise son premier enregistrement pour Tennessee Record. Elle tourne dans les clubs de Nashville et de La Nouvelle Orléans. En 1953 elle enregistre pour Republic ; Little Richard l’accompagne au piano sur deux morceaux et comme chanteur d’arrière-plan sur un autre. En 1954 elle travaille avec Johnny Otis, Earl Bostic, Louis Armstrong, B.B. King, John Coltrane. Elle fait ensuite du gospel puis arrêté quelques années.
On la retrouve en 1959, date à partir de laquelle elle enregistre à nouveau pour Champion, Vee-Jay, Federal King. Vee-Jay fait paraître en 1962 un 45 tours avec sur la face A I’m A Woman et sur la face B It’s Nobody’s Fault.    
On écoute le morceau de la face A, I’m A Woman, composé par le tandem Jerry Leiber / Mike Stoller et repris plus tard par la chanteuse Peggy Lee.
On a écouté la face A du 45 tours. Promis, on écoutera la face B dans une autre émission de Hot Ariège.
Dans les années soixante, Christine Kittrell chante pour l’U.S. Army en Asie du sud est. Son dernier enregistrement date de 1968. Elle continue ensuite à chanter dans des clubs jusque dans les années quatre-vingt-dix. 


8/ Sam & Kirk McGee 
Voici maintenant un tout autre genre avec les frères McGee. Aujourd’hui on nomme ce style « old time country music », c’est-à-dire country d’autrefois, alors qu’on a longtemps appelé cela « folksong ». Cette nouvelle appellation présente à mes yeux des avantages et des inconvénients. L’avantage, c’est de relier le genre à la country et il est clair que le lien est évident. Mais ce lien n’est pas absolument partout naturel, notamment en raison de l’opposition entre le nord et le sud des Etats-Unis. C’est le premier désavantage : on occulte un peu avec cette appellation le fait que les traditions celtiques qui constituent le fond de cette musique ont été principalement conservées dans les Appalaches, c’est-à-dire plutôt le nord-est des Etats-Unis que le sud où a émergé la country. Le deuxième désavantage, c’est d’occulter l’apport noir, très présent dans ce qu’on appelle le « folk », et beaucoup moins dans la country traditionnelle, devenue d’ailleurs plus tard un genre musical connoté « sudiste blanc ». 
Revenons aux frères McGee qui sont originaires du Tennessee. Sam, Samuel Fleming, est l’aîné ; il est né en 1894, décédé en 1975 et tient la guitare. Kirk, David Kirkland, est le cadet, né en 1899, décédé en 183 ; lui joue habituellement soit du violon, soit du banjo. Je parle des instruments habituels, car les deux savaient jouer d’à peu près tous les instruments.
Ce sont des Noirs qui ont appris à Sam à jouer de la guitare et l’influence du blues restera près présente dans son œuvre. Les deux frères participent au Grand Ole Opry, le concert radiophonique (qui ne s’appelait pas encore comme ça) dès 1926. Cette même année, ils réalisent leurs premiers enregistrements au sein de l’orchestre d’Uncle Dave Macon. Avec cet orchestre, ils vont à New-York. C’est là qu’ils vont faire leurs premiers enregistrements en duo.
En 1931 ils forment les Dixieliners, un trio avec Arthur Smith. Ce dernier deviendra célèbre une décennie plus tard avec son fameux Guitar Boogie. Ils jouent ainsi, en trio, jusqu’en 1938. Curieusement, ils n’enregistrent pas ensemble. Mais les frères McGee, eux, dans le même temps, vont enregistrer en duo.
On écoute un morceau de cette période, 1934 exactement. C’est leur morceau le plus connu, devenu un standard du genre, Brown’s Ferry Blues.  
Dans les années quarante, les frères McGee travaillent avec Roy Acuff, Ernest Tubb, Bill Monroe. Fin des années cinquante, c’est le folk revival (qui a touché le blues, on en a beaucoup parlé dans Hot Ariège). Les frères McGee sont « redécouverts » et enregistrent à nouveau. Cela se prolonge dans les années soixante. Ils se sont arrêtés dans les années soixante-dix.  
Les frères McGee, c’est une bonne synthèse entre la tradition des Appalaches et l’influence du blues.


9/ Lonnie Brooks
Et voici maintenant du blues, pur et dur, avec le guitariste Lonnie Brooks. Attention, un Brooks peut en cacher un autre ! Il ne faut pas confondre Lonnie Brooks, dont le vrai nom était Lee Baker Junior et qui a été surnommé un temps Guitar Junior, avec un autre guitariste dont on a parlé dans une émission précédente et qui s’appelait Junior Brooks. Je sais, ce n’est pas évident, mais bon, ce ne sont pas les mêmes, quoi !
Lonnie Brooks est né en Louisiane en 1933. Il est mort l’an dernier, le 1er avril 2017. En 1952 il se rend au Texas, il travaille dans la construction. En 1955, il est repéré par Eddie Shuler, le patron du label louisianais Goldband, qui le fait enregistrer sous le nom de Guitar Junior. Il obtient un certain succès avec des morceaux comme Family Rules ou The Crawl. 
En 1959, il se fixe à Chicago et c’est là qu’il adopte le nom de Lonnie Brooks. Il travaille avec Jimmy Reed et participe à des enregistrements avec lui. Dans les années soixante il enregistre pour Mercury et entre 1963 et 1967 pour Chess. Son premier album paraît en 1969 chez Capitol. Il reprend alors son premier surnom de Guitar Junior qu’il garde jusqu’en 1972. Je sais, il faut suivre ! En 1975 il participe à la tournée européenne du Chicago Blues Festival et il enregistre pour la marque française Black & Blue. 
En 1978, il est choisi par Bruce Iglauer, le patron du label Alligator, pour faire partie d’une série qui deviendra prestigieuse, Living Chicago Blues. On écoute un morceau de cette période, Move Over Little Dog. 
Lonnie Brooks n’enregistre plus par la suite que chez Alligator. Il en sortira sept albums.
Certains critiques qualifient la musique de Lonnie Brooks de « féroce ». c’est sans doute dû à son jeu de guitare très incisif. Il aura eu en tout cas un parcours rare : né en Louisiane, il échappe au swamp blues, il fait ensuite du rock ‘n’ roll et finit dans le blues pur. Sauf erreur, c’est un cas unique !


Morceau non diffusé

10/ Lightnin’ Slim
Du blues encore, et toujours de la guitare, mais du swamp blues justement : voici le chanteur guitariste Lightnin’ Slim ! On a déjà abondamment parlé du swamp blues, du producteur J. D. Miller et plus spécialement de Lightnin’ Slim, de son vrai nom Otis Hicks, chanteur guitariste né en 1913 mort en 1974, qui fut le premier artiste noir à enregistrer pour le producteur Jay Miller. 
On écoute donc tout de suite Miss Fannie Brown. 
► Lightnin’ Slim - Miss Fannie Brown
Superbe interprétation swamp blues d’un morceau de rhythm and blues créé à l’origine par Roy Brown. 


Vous pouvez écouter les morceaux présentés ici en cliquant sur le titre de la chanson en ROUGE

Vous Pouvez écouter "Hot Ariège" en direct les mercredis a 19h sur Radio Transparence :

https://www.radio-transparence.org/

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mercredi 18 juillet 2018

Séance 34


HOT ARIEGE
Du swing, des blue notes et du rythme
Avec Bruno Blue Boy !



Séance 34

1/ Robert Johnson
On commence l’émission avec Robert Johnson, une figure légendaire du blues, né en 1911, mort en 1938. Nous avons déjà évoqué Robert Johnson dans Hot Ariège, un personnage fascinant, dont on dit qu’il aurait vendu son âme au diable en se rendant de nuit à un certain carrefour, un être tourmenté, instable, qui cherchait un peu trop d’affection chez les femmes des autres. Son mentor, pionnier du blues du Delta, l’immense Son House, l’aurait dit-on mis en garde contre ce penchant dangereux, surtout dans le monde dans lequel vivaient les bluesmen à l’époque. Et la vie de Robert Johnson s’est arrêtée à 27 ans, empoisonné par un mari jaloux.
Remarqué par un agent recruteur de la compagnie ARC Vocalion, Robert Johnson a enregistré 29 faces au Texas pour cette compagnie en deux séances d’enregistrement : la première en 1936 dans une chambre d’hôtel à San Antonio, la seconde en 1937 à Dallas.
On écoute, que dis-je ?, on déguste la seconde prise de Come On In My Kitchen. 
« Tu ferais mieux de venir dans ma cuisine, il va pleuvoir dehors. » C’est une histoire de femme volée à son meilleur ami qui l’a reprise et qui ne reviendra pas.
29 morceaux, voilà ce que nous a laissé Robert Johnson ! 29 morceaux, c’est avec cela qu’il s’est bâti une réputation extraordinaire déjà de son vivant et qu’il est entré dans l’histoire du blues. Il faut dire que ces 29 morceaux sont exceptionnels. Un chant farouche, une intensité émotionnelle incroyable, des basses ambulantes vigoureuses, un jeu de bottleneck impressionnant ; ajoutez à ces ingrédients une touche de poésie sublime et vous aurez la recette de Robert Johnson pour changer l’histoire du blues ! Tous les grands noms du blues de Chicago de l’après-guerre, de Muddy Waters à Elmore James en passant par Howlin’ Wolf, sont les héritiers de Robert Johnson.


2/ Koko Taylor
Et voici du blues encore, mais du blues d’après-guerre cette fois, avec une chanteuse, Koko Taylor. Son vrai nom est Cora Walton, elle est née en 1928 à Memphis et elle est décédée en 2009.
Elle commence en chantant du gospel à l’église. Elle se fixe à Chicago en 1953 et fréquente les clubs de blues au début des années soixante. Elle devient la protégée du pape du blues de Chicago à l’époque, Willie Dixon qui lui obtient en 1963 un enregistrement pour un petit label, USA. L’année suivante, en 1964, c’est plus sérieux, elle signe chez Chess, la grande maison du blues à Chicago (avec sa concurrente Vee-Jay).
On écoute un de ses premiers enregistrements, en 1964 : What Kind Of Man Is This ?. Elle est accompagnée par la crème des musiciens de Chicago : Big Walter Horton à l’harmonica, Lafayette Leake au piano, Buddy Guy et Robert Nighthawk à la guitare, Jack Myers à la basse et Clifton James à la batterie.
En 1965, Koko Taylor décroche un hit avec Wang Dang Doodle, une reprise d’un morceau de Howlin’ Wolf, qui atteint la quatrième place au Billboard rhythm and blues et se vend à un million d’exemplaires.
Koko Taylor se fait alors connaître par des tournées dans les Etats-Unis. Elle participe également à la tournée de l’American Folk Blues Festival de 1967, avec Hound Dog Taylor et Little Walter.
En 1975, elle signe chez Alligator chez lequel elle sortira neuf albums. On la voit apparaître dans le film de John Landis Blues Brothers 2000, la suite du premier Blues Brothers. Elle ouvre un club de blues qui tournera une dizaine d’années. Son dernier album est sorti en 2007.
Koko Taylor est l’une des rares chanteuses de blues pur à avoir émergé après-guerre. Son style rageur colle à merveille au blues de Chicago. Dommage peut-être qu’elle utilise un peu trop le « growl » vocal.    


3/ Eddie Hope
Et voici du blues encore, dans le style Chicago. L’auteur est totalement inconnu, il s’appelle Eddie Hope et il a sorti un 45 tours en 1956 sur un petit label, Marlin. On écoute l’un de ces morceaux, A Fool No more. 
En fait, le disque vinyl indique comme interprète Eddie Hope & The Mannish Boys. Mais qui était-ce ? Mystère. En tout cas, c’est du bon Chicago blues.   
D’ailleurs la compilation d’où ce morceau est tiré est elle-même excellente. On y trouve d’ailleurs l’autre face du 45 tours d’Eddie Hope, Lost Child.  Et on y trouve aussi quantité de bluesmen connus ou moins connus, mais tous les morceaux sont au top. Le CD s’appelle « Gonna Rock The Blues », il est paru chef Official en 1995, il est apparemment toujours disponible. Je le recommande donc. Il existe d’ailleurs un deuxième CD intitulé « Gonna Rock The Blues Again », toujours chef Official, tout aussi recommandable.


4/ Mahalia Jackson
Nous allons maintenant parler d’une grande dame du gospel, Mahalia Jackson. Elle est née en 1911 à La Nouvelle Orléans et elle est décédée en 1972.
A l’âge de sept ans, elle travaille comme bonne dans des familles blanches. En 1927 elle rejoint une tante à Chicago et se joint aux Johnson Gospel Singers, un des premiers groupes mixtes de l’époque. Jusqu’en 1935 elle est ouvrière et domestique tout en fréquentant le monde du gospel. Elle fait la connaissance de Thomas Dorsey, ancien chanteur de blues partenaire de Tampa Red devenu un grand promoteur du gospel, qui l’accompagne au piano pendant une dizaine d’années.
Elle réalise ses premiers enregistrements pour la compagnie Decca en 1937 : quatre faces qui ne défraient pas la chronique. Elle ne reprend le chemin des studios qu’en 1946 pour la firme Apollo. C’est l’année suivante qu’elle décroche le succès avec Move On Up A Little Higher qui se vend rapidement à plus d’un million d’exemplaires. C’est le morceau qu’on écoute.
1947, c’est le décollage. Mahalia Jackson chante dans un stade de football, elle se produit au Carnegie Hall, elle fait une tournée européenne. Elle signe un contrat chez CBS en 1954.
Elle devient alors une espèce d’icône. Elle chante à la maison Blanche pour les funérailles de Kennedy. Elle participe à la marche pour les droits civiques à Washington le 28 août 1963 où Martin Luther King a pris la parole et elle chante aux funérailles de ce dernier.
Quoi qu’on pense de la religion, Mahalia Jackson, qui est considérée comme la reine du gospel, incarne la fierté et la dignité des Noirs des Etats-Unis. 


5/ Albert Ammons &Pete Johnson
Et voici maintenant un genre qui appartient au blues et au jazz, le boogie-woogie. Nous avons déjà parlé dans Hot Ariège de celui que je considère comme le meilleur interprète de ce style au piano, Albert Ammons, même si d’autres, comme Pete Johnson ou Jimmy Yancey, pourraient contester cette appréciation. Mais en fait qui pourrait nier que la puissance des basses ambulantes d’Albert Ammons est irrésistible et inégalée ? Et quand les deux meilleurs, Albert Ammons et Pete Johnson réunissent leur talent, le résultat est forcément un chef d’œuvre.
La preuve par le document : on écoute un morceau intitulé Sixth Avenue Express.
La puissance d’Ammons et l’inventivité de Johnson, quel régal !
Ce morceau a été enregistré à New-York en 1941. Albert Ammons et Pete Johnson étaient accompagnés à la batterie par James F. Hoskins. Ce morceau figure dans une quantité innombrable de compilations dédiées au boogie-woogie.  


6/ Tom James
Et voici maintenant un tout autre style qui présente la même caractéristique de se situer à la jonction de deux genres, la country et le rockabilly. Nous allons écouter un chanteur guitariste du nom de Tom James. 
Tom James, c’est un peu comme Eddie Hope le bluesman dont on a parlé tout à l’heure, on ne sait pas grand chose de lui à part sa discographie. Il a commencé à enregistrer quatre titres en 1954 chez RCA Victor, apparemment à Nashville.
La seconde session a lieu en 1957 (ou en 1958, la date n’est pas connue avec exactitude), à Nashville, pour le label Klix. C’est cette session qui nous intéresse. Il enregistre un seul 45 tours, avec sur la face A Track Down Baby, qu’on écoutera dans une autre émission, et sur la face B Hey Baby, qu’on écoute tout de suite. 
Après la session pour Klix, Tom James enregistre en 1958 une session pour une autre marque de Nashville, Pleasant Valley, dont il sort un 45 tours.
Enfin, dans les années soixante-dix, Tom James a enregistré dans un registre plus country que rockabilly une session pour une marque qui était peut-être basée à Nashville, ce n’est pas sûr, Country Sound.
Et voilà, c’est tout ce qu’on sait sur Tom James. Ses morceaux pour le label Klix, dont Hey Baby qu’on a entendu, figurent sur le volume 5 du coffret intitulé « Rock-a-Billy Cowboys » édité par The Intense Media. Le coffret contient 10 CD, soit 250 morceaux en tout, excellents. Le titre du coffret est explicite : les morceaux font ressortir le lien très fort entre country et rockabilly.


7/ Tiny Bradshaw
Place maintenant au rhythm and blues avec le chanteur, compositeur, pianiste et batteur Tiny Bradshaw. Il est né en 1905 dans l’Ohio et il est mort en 1958.
En 1932, Tiny Bradshaw se fixe à New-York, où il joue de la batterie dans un groupe de jazz. C’est en 1934 qu’il forme son propre groupe avec lequel il enregistre 8 titres, toujours jazz. Il ne reprend les enregistrements que dix ans plus tard, en 1944, chez le label Manor et cette fois dans le style rhythm and blues. En 1947 il signe chez Savoy puis en 1949, chez King. 
Il reste chez King entre 1949 et 1955, c’est sa meilleure période. Il obtient un premier succès en 1950 avec Well Oh Well qui se classe numéro 2 au Billboard rhythm and blues. La même année, I’m Going To Have Myself A Ball, se classe en cinquième position. L’année suivante, en 1951, il récidive avec Walkin’ The Chalk Line, numéro dix. 
Son morceau le plus connu aujourd’hui date de la même année, 1951. Curieusement ce n’est pas un hit à l’époque, le morceau ne se classe pas au Billboard, le hit-parade du rhythm and blues. Ce morceau s’appelle The Train Kept A Rolling et s’il est si connu aujourd’hui, c’est parce qu’il a joué un rôle dans l’émergence du rock ‘n’ roll. On l’écoute.
On est en 1951 et c’est du rhythm and blues, mais la voix, le rythme martelé par une batterie d’enfer et le hurlement du saxo dans le break, tout cela annonce le rock ‘n’ roll. Outre le fait que ce morceau devenu un classique n’ait pas été un hit en son temps, on doit relever comme autre curiosité qu’il ait fait l’objet de nombreuses reprises de la part de groupes rock / pop comme les Yardbirds, Aerosmith ou Motorhead. Il se raconte que Jimmy Page, le leader de Led Zeppelin, le citait comme un des premiers morceaux qu’il ait joué. Le monde est fantastique et plein de mystères, cela en fait partie ! 
En 1953 Tiny Bradshaw obtient un nouveau succès avec Soft, numéro trois au Billboard, puis avec Heavy Juice, numéro neuf. Ensuite, Tiny Bradshaw connaît de sérieux ennuis de santé deux attaques cardiaques le laissent paralysé) et il ne fait pas, partie des gloires du rhythm and blues qui sont montés dans le wagon du rock ‘n’ roll. Il meurt peu après en 1958 à 53 ans.
Tiny Bradshaw reste comme une figure importante du rhythm and blues.


8/ Dickie Bishop
On change encore de style, on va retrouver du skiffle, ce genre musical anglais de la deuxième moitié des années cinquante, issu du mouvement « trad » initié par Chris Barber, entre autres, qui avait pris son essor au lendemain de la seconde guerre mondiale avec un revival européen du jazz Nouvelle Orléans.
Outre Chris Barber l’initiateur et Alexis Korner le pionnier militant de la cause du blues en Europe, la grande figure du skiffle est Lonnie Donegan, qui s’appelait en fait Tony Donegan et qui avait troqué son prénom contre celui de Lonnie en hommage au bluesman Lonnie Johnson. Lonnie Donegan a eu un grand succès en 1958 avec la reprise d’un morceau de Leadbelly, bluesman et folksinger des années trente quarante, Rock Island Line. Les adeptes du skiffle étaient friands de ce genre de morceaux, comme ceux de Woody Guthrie ou de Peete Seger. 
On va s’intéresser ici à Dickie Bishop , joueur de banjo et de guitare qui a remplacé en 1956 Lonnie Donegan dans le Chris Barber skiffle group, le groupe de Chris Barber. Dickie Bishop a enregistré avec ce groupe et plus tard rejoint la formation de Lonnie Donegan. Il a participé à l’album « Donegan on stage » qui est paru en 45 tours à 4 morceaux. Il forme ensuite son propre groupe et signe chez Decca qui a fait paraître quatre 45 tours. 
On écoute l’un de ces morceaux, Shorty George, un morceau crédité à Alan Lomax, célèbre ethnomusicologue producteur de Leadbelly et de Woody Guthrie qui jouait aussi de la guitare..  
Morceau disponible sur le CD intitulé « Great British Skiffle », volume 3 de la série « Just About As Good As It Gets » éditée par le label Smith & Co. 
Dickie Bishop n’a pas eu beaucoup de succès. Plus tard il a rejoué avec Chris Barber et Lonnie Donegan. 
L’histoire du skiffle est assez symptomatique de celle des revivals. Le skiffle britannique a d’ailleurs des points communs avec le blues revival américain qui démarre à peu près en même temps. Il n’y a pas d’avenir à rejouer les trucs du passé. Et les méchants ajouteraient : surtout en moins bien !
 D’une manière générale, mieux vaut écouter Leadbelly et Woody Guthrie que les artistes de skiffle, même si certains de ces derniers comme Dickie Bishop, ont fait des choses sympathiques. 
En fait le principal mérite du skiffle c’est d’avoir été l’une des sources du rock anglais qui émergera au début des années soixante. Les Shadows d’abord, puis les Beatles et les Rolling Stones, sont les héritiers de ce courant. 


9/ Detroit Junior
Retour au blues avec un chanteur pianiste, Detroit Junior. Son vrai nom est Emery H. Williams Jr, il est né en 1931 dans l’Arkansas et il est mort en 2005.
Il fait ses débuts dans un club du Michigan en 1950 sous le nom de Little Junior Williams. En 1951 il enregistre pour un petit label, Great Lakes. Je ne pense pas que ces morceaux aient été édités. En 1953 il forme son premier groupe, les Blue Chaps. En 1956 il se fixe à Chicago et fréquente J.T. Brown, Eddie Taylor, Little Mack Simmons.
En 1960 il enregistre pour la firme Bea & Baby. Il en sort un 45 tours, avec sur la face A Money Tree, qu’on écoutera prochainement, et sur la face B So Unhappy Detroit Jr  qu’on écoute tout de suite.
Detroit Junior est au chant et au piano, Eddie King à la guitare, Bob Anderson à la basse et Robert Whitehead à la batterie. Le critique Gérard Herzhaft mentionne aussi Little Mack Simmons et Eddie King au chant, mais comme sur ce morceau on n’entend qu’un seul chanteur, je pense que ces autres voix ne font partie que de l’ensemble présent sur la face A du 45 tours, Money Tree.
L’année suivante, en 1961, Detroit Junior forme un nouveau groupe. Il enregistre pour Chess, Foxy, Palos, C.J., USA, Tip-Top. A partir de 1967, il devient le pianiste attitré de Howlin’ Wolf jusqu’en 1975, date à laquelle la maladie contraint le loup hurlant à l’inactivité.
Detroit Junior travaille alors avec les autres costauds de Chicago James Cotton, Little Mack Simmons, Jimmy Reed.  En 1971 il enregistre un album pour Blues On Blues. Par la suite il sortira des albums chez Alligator, Blue Suit, Sirens Records et Delmark. 
Detroit Junior est un solide pianiste de Chicago, dont le jeu se rapproche de celui d’Otis Spann, le pianiste vedette de Muddy Waters. Il a travaillé avec brio avec les plus grands.


10/ Hal Paige
Et nous passons à du rhythm and blues new-yorkais avec Hal Paige. Il est difficile de trouver des renseignements sur Hal Paige qui est pourtant l’auteur d’une discographie abondante et plusieurs de ses morceaux se retrouvent sur des compilations diverses dédiées soit à des marques, soit au blues de New-York, soit au rhythm and blues.
Il semble qu’il ait débuté chez Atlantic. C’est ce label qui édite deux 45 tours, le premier en 1953 avec Drive It Home et Break Of Day Blues, le second en 1954 avec Big Foot May et Please Say You Do.  
Il enregistre ensuite pour Paradise en 1955 puis pour J & S en 1957. Il passe ensuite chez Fury, la marque de Bobby Robinson, pour lequel il enregistre dès 1957. C’est en 1959 pour Fury encore qu’il grave le morceau qu’on va écouter : Going back To My Hometown.
Curieusement le nom du groupe de Hal Paige, The Wailers, s’orthographie de façon différente suivant les marques et les auteurs. On trouve parfois « The Wailers », comme pour le groupe de Bob Marley, les pleurnicheurs ; on trouve aussi « The Whalers », les baleiniers, ce qui n’a franchement aucun rapport et est plutôt étrange.
Les vinyls originaux de chez Fury mentionnent « The Whalers », les baleiniers. C’est la bonne orthographe. Charlie Gillett, auteur d’une splendide histoire du rock ‘n’ roll donne aussi cette bonne orthographe dans son bouquin. Il s’agit donc probablement d’une erreur grossière de certaines marques qui ont réédité les titres plusieurs décennies plus tard sans vérifier.
Voilà ce que je pouvais dire sur Hal Paige qualifié par Charlie Gillett de très bon chanteur inconnu auteur d’excellentes chansons de rhythm and blues. C’est son avis et je le partage !



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