mercredi 7 novembre 2018

Séance 49


HOT ARIEGE
Du swing, des blue notes et du rythme
Avec Bruno Blue Boy !



Séance 49

1/ Robert Petway
Chanteur guitariste dont les dates de naissance et de décès ne sont pas connues avec exactitude. Il pourrait être né en 1902 ou 1907. On ne sait pas non plus où. Beaucoup ont pensé que c’était dans le Mississippi vu son style et que cela devait être dans le même coin que son grand pote Tommy McClennan car ils ont été inséparables très tôt. Des chercheurs ont contesté cette hypothèse et Robert Petway pourrait aussi être né en Alabama, ce qui paraît un peu étonnant. Bon, la vérité, c’est qu’on n’en sait rien.
Ce qu’on sait, c’est que Robert Petway est l’auteur de seize titres, dont le fameux Catfish Blues enregistré en 1941. Catfish Blues  est devenu l’un des plus grands classiques du blues de Chicago, notamment en raison de la version de Muddy Waters sous le nom de Rollin ‘ Stone. Il faut rappeler que c’est de là que les Rolling Stones tirent leur nom.
Robert Petway était un musicien itinérant. Il jouait dans les fêtes, les bars, les roadhouses (relais routiers). Il a gagné Chicago et c’est là qu’il a enregistré deux sessions pour Bluebird, la grande marque de l’époque, celle de Big Bill Broonzy, Tampa Red, Big Maceo, Washboard Sam : la première le 28 mars 1941, la seconde le 20 février 1942. A chaque fois il a gravé huit titres qui ont donné lieu à quatre 78 tours de deux morceaux.
On écoute un morceau de la deuxième session, Boogie Woogie Woman.
Robert Petway au chant et à la guitare est probablement accompagné par Alfred Elkins à la contrebasse.
On trouve les titres de Petway sur diverses compilations ou par exemple sur le CD « Tommy McClennan & Robert Petway, Cotton Pickin’ Blues » de la marque anglaise Acrobat.
On ne sait pas ce qu’est devenu Robert Petway après ses enregistrements de 1942. La date de sa mort est également controversée. La date la plus couramment retenue est 1978 mais certains chercheurs la contestent.
Robert Petway reste un exemple, une illustration magnifique du blues du Delta, avec une voix gutturale incroyable.


2/ Shy Guy Douglas, 1917-1984  
Chanteur harmoniciste né dans le Tennessee, son vrai nom est Thomas Douglas. C’est en fait un très bon harmoniciste qui n’a pas obtenu de notoriété nationale mais qui a animé la scène du blues de Nashville pendant de longues années. Il faut dire que Nashville est la capitale de la country music et qu’il n’y avait pas énormément de place pour le blues à l’époque.
Le premier 78 tours de Shy Guy Douglas date de 1950, Raid On Cedar Street, paru chez MGM. Le second paraît en 1954 chez une petite marque, Shane ; le troisième en 1956, chez Calvert, résolument orienté vers le public du rock ‘n’ roll avec un morceau intitulé Let’s Rock And Roll, on ne peut pas faire plus explicite. En réalité, c’est du blues pur jus et la démarche n’a pas abouti.
En 1962/1963, Shy Guy Douglas sort un 45 tours chez Sur-Speed Records puis un second chez Todd, un label de Nashville. C’est la face A de ce dernier 45 tours qu’on va écouter, Monkey Doin’ Woman.  
Ce morceau est tiré d’une compilation publiée par le label hollandais Black Magic Records en 2004 intitulée « Shy Guy Douglas, Stone Doin’ Alright ».
Après 1963, Shy Guy Douglas a enregistré quelques 45 tours sur des marques diverses jusqu’à la fin des années soixante.
Je recommande aux amateurs la compilation de Black Magic que j’ai citée. A noter également que le label américain Snailworx a sorti en 2006 une autre compilation intitulée « Midnight Sou l » avec quinze autres morceaux que ceux de Black Magic.


3/ Stonewall Jackson  
Chanteur de country music né en 1932 en Caroline du Nord. Stonewall, ça veut dire mur de pierre, mais ce n’est pas un surnom pour notre chanteur : ce vrai prénom lui a été donné en l’honneur d’un général sudiste de la guerre de sécession, Thomas Jonathan Jackson, qui lui était surnommé « Stonewall ». 
Stonewall Jackson passe au Grand Ole Opry, le spectacle hebdomadaire de country de Nashville radiodiffusé puis télévisé, avant de signer pour Columbia Records en 1958. Dès la première année il obtient des succès : un numéro 2 au Billboard avec Life To Go, puis l’année suivante un numéro 1 avec Waterloo. 
Waterloo, c’était la face A du 45 tours. On écoute la face B, Smoke Along The Track. 
Morceau enregistré en 1959 pour Columbia.
Stonewall Jackson retrouve la première place du Billboard en 1964 avec Don’t Be Angry. Entre 1958 et 1971, il aura placé en tout 35 morceaux dans le top 40 du Billboard, ce qui en fait une des stars incontestables de la country music.
A noter que Stonewall Jackson a intenté en 2006 un procès contre le Grand Ole Opry pour discrimination. Il s’est plaint d’avoir été écarté de la scène en raison de ses cheveux gris, le producteur du spectacle préférant faire passer des jeunes. Ce procès s’est terminé par un arrangement entre les deux parties dont les étatsuniens sont coutumiers. S’il y a eu transaction, on n’en connaît pas le montant.


4/ Sonny Boy Williamson, 1901-1965 
Je vous propose d’écouter à présent un morceau de celui que Jean-Claude Arnaudon qualifie dans son Dictionnaire du Blues de plus grand de tous les harmonicistes de blues, Sonny Boy Williamson, Rice Miller de son vrai nom 
Sonny Boy Williamson n°2 a connu deux périodes dans sa vie : la première dans le sud où dans les années trente, quarante, il a joué avec Robert Johnson, Howlin’ Wolf, Robert Nighthawk et d’autres. Il animait aussi une émission de radio ; la seconde à Chicago à partir des années cinquante. Le contrat qu’il signe avec Chess lui permet d’être entouré des meilleurs musiciens. Il produit alors une collection de véritables chefs d’œuvre.
Voici Don’t Start Me To Talkin’, enregistré chez Chess en 1955 avec Sonny Boy Williamson au chant et à l’harmonica, Muddy Waters et Jimmy Rogers à la guitare, Otis Spann au piano et Fred Below à la batterie.
Le critique Gérard Hertzhaft parle de perfection à propos de Don’t Start Me To Talkin’, comme pour les chefs d’œuvre que Sonny Boy Williamson a enregistrés à la même époque tels que Help Me, Bring It On Home, Checkin’ Upon My Baby et au moins une dizaine d’autres. Je pense que la plupart des amateurs de blues partagent cette appréciation.  
C’est cette perfection qui a permis à Rice Miller de s’imposer dans les années cinquante comme l’une des plus grandes stars du blues sous le nom usurpé de Sonny Boy Williamson, alors même que le vrai Sonny Boy Williamson, John Lee Sonny Boy Williamson, avait lui-même joué un rôle déterminant dans la formation du blues moderne de Chicago une quinzaine d’années auparavant et reste également comme l’un des géants du blues.
Ainsi va la vie et le blues !


5/ Annie Laurie, 1924-2006
Chanteuse de rhythm and blues née à Atlanta en Géorgie. Son vrai nom serait Annie L. Page.
Son premier enregistrement date de 1945, il a été réalisé par Cosmo Records. Annie Laurie déménage ensuite à La Nouvelle Orléans et vit avec le chef d’orchestre Paul Gayten. Elle sera la chanteuse de l’orchestre de Gayten pendant plusieurs années.
De 1947 à 1950 elle sort plusieurs disques chez Regal et DeLuxe. C’est en 1947 que paraît son morceau le plus connu Since I Fell For You, qui atteint la troisième place au Billboard, le hit parade du rhythm and blues.
En 1951 elle signe chez Okeh qui publiera six 45 tours. On écoute un de ces morceaux paru en 1953, It’s Been A Long Time. 
En 1956, Annie Laurie passe chez Savoy et enregistre à New York avec l’orchestre de Hal Singer ainsi qu’avec Mickey Baker. En 1957, DeLuxe publie It Hurts To Be In Love qui se classe en troisième position au Billboard.
Annie Laurie obtient son dernier hit en 1960 avec If You’re Lonely, numéro 17 au Billboard. En 1962 elle signe chez Ritz Records qui édite quelques morceaux. Annie Laurie tombe ensuite entre les mains des Témoins de Jéhovah et abandonne la musique. Dommage, c’était une excellente chanteuse de rhythm and blues !


6/ Little Brother Montgomery, 1906-1985
J’ai évoqué tout à l’heure le chef d’orchestre de rhythm and blues Paul Gayten, nous allons parler maintenant de son oncle, le chanteur pianiste Little Brother Montgomery. Ce dernier s’appelait Eurreal Wilford Montgomery ; il est né en Louisiane.
Il semble que le pianiste de jazz Jelly Roll Morton fréquentait la maison de ses parents et le petit Eurreal, surnommé très tôt Little Brother, apprend le piano dès l’âge de quatre ans. A onze ans, il est déjà professionnel dans les tavernes et les maisons closes de la Nouvelle Orléans. Les années suivantes il circule entre la Louisiane et le Mississippi, où il côtoie des bluesmen comme Tommy Johnson, les frères Chatmon fondateurs des Mississippi Sheiks, ou encore Skip James. Il anime ensuite des « rent parties » à Chicago.
Il grave son premier disque pour Paramount en 1930, il enregistre aussi pour Melotone. Il est alors une figure très populaire à Chicago. Il retourne ensuite dans le sud à la tête d’un orchestre. 
Little Brother Montgomery a gravé de nombreuses faces pour Bluebird entre 1931 et 1936. On écoute l’une d’entre elles, c’est un morceau de boogie woogie qui s’intitule Farish Street.
Ce morceau figure sur plusieurs compilations consacrées au boogie woogie. 
Little Brother Montgomery s’est fixé définitivement à Chicago à partir de 1942. Entre 1947 et 1956 il enregistre pour plusieurs maisons de disques. En 1958-1959 il est devenu le pianiste régulier d’Otis Rush. Il a effectué de nombreuses tournées en Europe dès 1960, ce qui en fait un pionnier. Il participe notamment à l’American Folk Blues Festival de 1966. Il a enregistré abondamment jusqu’en 1975.
C’était un pianiste à l’aise dans de nombreux styles, blues, boogie woogie, ragtime, jazz, qui avait développé un style personnel en réalisant une synthèse originale entre le style jazz plutôt raffiné de Jelly Roll Morton et celui des barrelhouses, blues et rude. La longévité exceptionnelle de sa carrière, à l’instar d’un Roosevelt Sykes, témoigne de la place importante qu’il a occupée sur la scène du blues et du jazz durant de nombreuses années.


7/ Wilson Pickett, 1941-2006 
Un peu de soul à présent, avec une immense figure du genre : Wilson Pickett, originaire de l’Alabama.
Il a commencé dans le gospel. En 1961 il rejoint un groupe, les Falcons, avec lequel il obtient un succès I Found A Love. L’année suivante il décide de faire une carrière solo et en 1963 il décroche un hit avec It’s Too Late. En 1964, Wilson Pickett signe chez Atlantic et avec le guitariste Steve Cropper ils vont composer une série de standards de la soul music.
C’est en 1965 qu’il sort In The Midnight Hour, numéro 1 au Billboard, qu’on écoute. 
Wilson Pickett est aussi connu pour son interprétation de Mustang Sally, dont il n’est pas l’auteur contrairement à une opinion répandue. Rendons à César ce qui lui appartient : Mustang Sally est l’œuvre de Mack Rice que Pickett avait côtoyé au sein des Falcons . Mais la version originale de Mack Rice, qui est réellement un super morceau de soul, n’a atteint que la quinzième place du Billboard alors que celle de Wilson Pickett a été numéro six. Et aujourd’hui si vous tapez Mustang Sally sur Google, c’est la version de Pickett qui apparaît en premier…
Wilson Pickett est aussi connu pour des morceaux comme Funky Broadway ou Land Of 1000 Dances. Il a produit un nombre impressionnant de hits, il serait fastidieux de les citer tous. Mais qu’on se rassure : nous aurons l’occasion de les écouter dans d’autres émissions de Hot Ariège.


8/ Homesick James, 1910-2006
Homesick James, de son vrai nom James Williamson, né en 1910 dans le Tennessee, décédé en 2006, était un chanteur guitariste cousin de John Lee Sonny Boy Williamson. 
Il s’est installé à Chicago en 1932. Ce n’est qu’en 1952 qu’il a l’occasion d’enregistrer pour le label Chance. Homesick James joue alors dans un style inspiré d’Elmore James. Le succès d’un des morceaux enregistrés pour Chance intitulé Homesick remporte un petit succès et cela lui a donné son surnom. James, c’est son prénom, mais en se faisant appeler Homesick James il se fait passer pour un cousin d’Elmore James en train de devenir une grande vedette à Chicago. 
En fait Homesick James est un disciple talentueux d’Elmore James. Homesick James a beaucoup travaillé dans l’orchestre d’Elmore James, occasionnellement d’abord puis de façon régulière de 1958 à 1963. A la mort d’Elmore James, il a repris le répertoire de son mentor.
On écoute un morceau de 1964 enregistré pour le producteur Sam Charters et publié par le label Vanguard, Somebody Been Talkin’. 
Morceau crédité à Homesick James and his Dusters, avec Homesick James au chant et à la guitare, Willie Dixon à la basse et Frank Kirkland à la batterie. Ce morceau est disponible en CD sur la compilation « The Best Of The Chicago Blues » éditée par Vanguard / Carrere. 
Homesick James est resté relativement peu connu à Chicago en comparaison des stars comme Elmore James, Muddy Waters ou Howlin’ Wolf. Il a même traversé une période d’inactivité après 1965 mais il est réapparu en 1969 dans des festivals et, devenu réputé en Europe, il a pu alors enregistrer de manière prolifique. 
Homesick James a publié beaucoup d’albums de très bon niveau. Je recommande tout spécialement ceux qu’il a gravés en compagnie de l’harmoniciste Snooky Pryor. Tous les deux sont décédés la même année, en 2006.


9/ Jimmy Nolen, 1934-1983
Jimmy Nolen est un très grand guitariste de blues originaire de l’Oklahoma. Sa carrière commence en 1954, date à laquelle il enregistre un premier 45 tours pour Imperial. Repéré par Jimmy Wilson, celui-ci le prend dans son groupe. Dans le même temps, Jimmy Nolen assure des sessions comme artiste de studio et grave sous son nom une série de titres pour la marque King / Federal.  
On écoute un morceau de cette période. Le morceau s’appelle Movin’ On Down The Line, il est sorti en 1956.
Ce morceau est disponible sur le CD intitulé « Scratchin’ 52/56 – Pete Guitar Lewis, Jimmy Nolen, Cal Green » édité par Charly. Jimmy Nolen partage l’affiche avec deux autres guitaristes mais sur les 22 morceaux du CD on en compte douze à Jimmy Nolen. Le CD reprend l’ensemble des morceaux gravés dans la période par Jimmy Nolen pour la marque King / Federal.
En 1957, Jimmy Nolen joue avec l’orchestre de Johnny Otis. C’est lui qui tient la guitare principale sur le fameux Willie And The Hand Jive qui a consacré le succès de Johnny Otis. 
En 1959 Jimmy Nolen forme son propre groupe et tourne en Californie et sur le « Chitlin’ Circuit ». Le « chitlin’ », C’est le nom qu’on donnait à une tournée dans les années cinquante / soixante, principalement dans le sud des Etats-Unis mais pas que, une tournée dans des lieux divers, parfois guère reluisants, des théâtres, des bars, des tavernes, des bouges. Il y avait deux avantages : les artistes étaient payés, mal mais c’est mieux que rien, et ces lieux étaient relativement sûrs pour les artistes noirs, ce qui n’était pas évident à l’époque. 
En 1960, Jimmy Nolen sort un 45 tours pour le label Fidelity. Il rejoint ensuite le groupe de George Smith. De 1965 à 1970 il tient la guitare dans le groupe de James Brown. En 1970, les musiciens de James Brown ont tous démissionné à cause du comportement fantasque de leur leader et de la retenue sur leurs salaires. Après un intervalle de deux ans, Jimmy Nolen revient dans le groupe en 1973 et y reste jusqu’à sa mort. Il décède d’une crise cardiaque à 49 ans en 1983. 
Jimmy Nolen est un formidable technicien de la guitare inspiré essentiellement par T-Bone Walker, très à l’aise dans des genres aussi divers que le blues, le jump blues, le rhythm and blues ou la soul funk.


10/ Frankie Lowery, 1921-2002
 Paul Francis Lowery né en Alabama. 1921 ? 1932 ?
Présent sur de nombreuses compilations de rockabilly. Il a enregistré au moins une douzaine de titres pour des marques diverses dans plusieurs Etats : Columbia, Dart, Khoury’s… 
Il a aussi enregistré en Louisiane puisqu’on trouve plusieurs morceaux de lui sur des compilations consacrées au rock ‘n’ roll louisianais et notamment sur la série « Boppin’ By The Bayou » éditée par le label Ace. On écoute un morceau tiré du volume 11 de la série sous-titrée « Rock Me Mama ». Le morceau s’appelle On The Corner Of The Street.
Morceau enregistré dans le studio de Crowley du producteur J.D. Miller et édité à l’origine en 45 tours par Flyright Records.


11/ John Primer 
Chanteur guitariste né dans le Mississippi en 1925.
Il entame sa carrière en 1974 à Chicago où il joue dans un club jusqu’en 1980. En 1979 il rejoint la formation de Willie Dixon, les Chicago Blues All Stars, puis celle de Muddy Waters jusqu’à la mort de ce dernier en 1983. Il rentre alors dans l’orchestre de Magic Slim, les Teardrops.
Sa carrière solo démarre en 1991, date à laquelle il sort son premier album chez la marque autrichienne Wolf.
On écoute un morceau issu de l’album « It’ A Blues Life » paru en 1998 chez Wolf. Le morceau s’intitule I’ve Been Abused, c’est un classique de Willie Dixon qu’avait interprété Howlin’ Wolf. John Primer au chant et à la guitare est entouré de Tom Holland à la guitare, Steve Bell à l’harmonica, Ken Barker au piano, Nick Holt (frère de Magic Slim) à la basse et Bert Robinson à la batterie.  
► John Primer - I’ve Been Abused
Du Chicago blues solide, sans bavure, impeccable.
Depuis 1991, John Primer sort quasiment un album par an. A ma connaissance le dernier date de 2017.
John Primer n’est pas un bluesman de premier plan. Il fait partie de ces accompagnateurs plus jeunes que les figures historiques et qui ont pris leur suite pour maintenir le flambeau du blues jusqu’à nos jours. C’est du bon blues, du vrai.


Vous pouvez écouter les morceaux présentés ici en cliquant sur le titre de la chanson en ROUGE

Vous Pouvez écouter "Hot Ariège" en direct les mercredis a 19h sur Radio Transparence :

https://www.radio-transparence.org/

Merci pour votre visite & Bon Blues !!

mercredi 31 octobre 2018

Séance 48


HOT ARIEGE
Du swing, des blue notes et du rythme
Avec Bruno Blue Boy !



Séance 48 

1/ Mississippi John HURT, 1892-1966 
Mississippi John Hurt, est né en 1892 à Teoc dans le Mississippi. Il est très jeune quand sa famille se fixe dans la petite ville d’Avalon où il a passé sa vie. Il enregistre six 78 tours en 1928 pour la marque Okeh. Ces six 78 tours sont devenus cultes : c’est grâce au contenu des paroles de l’un des morceaux que Mississippi John Hurt sera retrouvé lors du blues revival en 1963. Il possède un jeu de guitare superbe, avec un finger picking impeccable, des basses régulières et appuyées, et une voix douce expressive. Tout ça a fait de lui une grande figure du style.
On écoute une de ses chansons de 1928, un grand classique du folk blanc et noir, Frankie and Johnnie. L’origine de la chanson remonte au dix-neuvième siècle. Elle pourrait même dater d’avant la guerre de Sécession, c’est-à-dire avant le moment où les musiques traditionnelles (spirituals, field hollers, worksongs et autres) vont arriver à maturation pour donner le blues. Elle apparaît parfois sous l’appellation Frankie and Albert. L’histoire est simple : Frankie trouve un jour son homme, Johnnie, dans les bras d’une autre ; Frankie tue alors Johnnie et est exécutée. Dans certaines versions elle finit ses jours en prison.
Les morceaux enregistrés par Mississippi John Hurt en 1928 sont de toute beauté. Ils restent pour moi le top de la production de Mississippi John Hurt. Mais je me dois de préciser qu’il a réalisé d’excellents albums du temps de sa redécouverte dans les années soixante, avec évidemment un son de guitare bien meilleur que ce qui nous est restitué des morceaux de 1928 et ces albums sont bien sûr très agréables à écouter.
Mississippi John Hurt est l’une des très grandes figures du folk blues. Il a eu une grande influence sur tous les guitaristes folk qui sont apparus dans les années soixante, à commencer par Bob Dylan.


2/ Elmore James, 1910-1963
Elmore James, né en 1910 dans le Mississippi mort en 1963 d’une crise cardiaque, est l’un des grands fondateurs du blues moderne.
Il a grandi sur une petite plantation du Mississippi et il est devenu très tôt un expert du slide. Il a commencé par mener une vie de musicien itinérant dans le Mississippi et l’Arkansas, en s’associant à des bluesmen comme Sonny Boy Williamson Rice Miller ou Robert Jr Lockwood.
C’est en 1952 qu’il se rend à Chicago où Little Johnnie Jones devient son pianiste régulier. Il enregistre pour Meteor, Checker et Flair. Entre 1958 et 1962 il dirige son groupe qui comprend le guitariste Homesick James, qui n’a pas de lien de parenté avec lui (en revanche son nom est Homesick James Williamson et c’est un cousin de l’harmoniciste John Lee Sonny Boy Williamson). Il enregistre pour Fire et Chess
Elmore James s’est fait un nom en reprenant les morceaux de Robert Johnson comme Ramblin’ On My Mind ou Crossroads. Il remporte un succès avec sa première version de Dust My Broom, gravée pour la marque Trumpet en 1951, qui obtient la neuvième place au Billboard. 
Mais Elmore James n’est pas qu’un disciple de Robert Johnson. Il est le chef de file d’un nouveau style de Chicago, basé sur son jeu de slide à la guitare et une dramatisation intense dans la voix. On écoute un morceau qu’il a écrit en 1959 pour la marque Fire / Enjoy et qui illustre à merveille son talent incroyable, The Sky Is Crying.
Ce morceau a atteint la quinzième place au Billboard et est devenu un immense standard du blues. « Le ciel pleure » :
« Le ciel pleure, 
Regarde les larmes couler dans la rue 
J'attends en larmes à la recherche de ma chérie et je me demande où elle peut être »
: on dit qu’il pleuvait abondamment le jour où le morceau a été enregistré, ce qui aurait inspiré Elmore James, qui était évidemment au chant et à la guitare, avec J.T. Brown au saxo, Johnny Jones au piano, Homesick James à la basse et Odie Payne à la batterie. Le nom du groupe, les Broomdusters, est tiré de la chanson Dust My Broom de Robert Johnson.
Le style d’Elmore James a profondément influencé une pléiade d’artistes de Chicago, à commencer par Homesick James, qui n’était pas parent avec lui mais qui était un cousin de Sonny Boy Williamson, et beaucoup d’autres, notamment Hound Dog Taylor et Lil ‘Ed. 


3/ Jesse Allen, 1925-1976

Une incursion dans le jump blues avec Jesse Leroy Allen, né en Floride en 1925. Jesse Allen n’est pas très connu car ses disques n’ont pas rencontré beaucoup de succès, mais c’est un chanteur guitariste qui mérite d’être écouté.
Sa carrière musicale commence avec une première session d’enregistrement chez Aladdin en octobre 1951. Aladdin sortira un single en avril 1952. Dans l’intervalle Jesse Allen avait réalisé un 45 tours chez Coral sorti en février 1952, avec sur la face B le morceau Let’s Party qu’on écoute. 
Jesse Allen n’a jamais réussi à décrocher un hit au Billboard, le hit-parade du rhythm and blues. Pourtant plusieurs labels lui ont fait confiance. Il enregistre une session pour Bayou en 1952/1953 et trois sessions pour Imperial en 1953 et 1954. Mais les disques ne se vendent pas. Jesse Allen enregistre deux autres sessions : une en 1958 pour Vin et la dernière pour Duplex en 1959.
Il a continué à jouer dans les bars, les clubs et les juke joints jusqu’à sa mort en 1976. Le label Official a publié un CD intitulé « Little Walkin’ Willie Meets Jesse Allen » qui rassemble un certain nombre de ses morceaux mais il est assez difficile de se procurer ce CD. En revanche de nombreux titres de Jesse Allen se trouvent sur les compilations consacrées au rhythm and blues.


4/ Don Gibson, 1928-2003
 Donald Eugene Gibson est originaire de la Caroline du Nord. Il fonde un groupe, les « Sons Of The Soil », les fils de la terre, au nom qui sonne bien hillbilly, bien paysan. Avec eux il réalise un premier enregistrement en 1948.
C’est neuf ans plus tard qu’il enregistre à Nashville un 45 tours pour RCA Victor. Les deux morceaux, Oh Lonesome Me et I Can’t Stop Loving You,  sont des hits country et pop qui sont devenus cultes auprès des fans. On écoute Oh Lonesome Me.  
En 1958 Don Gibson sort Blue Blue Day qui atteint la première place au Billboard et il enchaîne les tubes jusqu’en 1962. Il aura d’autres numéros 1 jusqu’en 1972.
Dans les années soixante, soixante-dix, il a chanté en duo avec Dottie West, puis avec Sue Thompson. Il a également écrit des chansons qui sont devenus des hits pour d’autres artistes, comme Sweet Dreams avec Patsy Cline en 1963.
Don Gibson fait partie des stars de la country music d’après-guerre. Il est mort en 2003.


5/ Eugene Powell, 1908-1998
Chanteur guitariste originaire du Mississippi, il jouait aussi du banjo, de l’harmonica, de la mandoline et du violon. Il a commencé à enregistrer pour Bluebird en 1936 grâce à Bo Carter, la vedette des Mississippi Sheiks formés par la famille Chatmon, qui a influencé notablement son jeu de guitare. Eugene Powell était un ami de la famille Chatmon.
Lors de la séance du 15 octobre 1936 il enregistre ses morceaux sous le surnom de Sonny Boy Nelson. Il grave aussi une dizaine de morceaux en tant que guitariste avec Robert Hill et trois avec sa femme Mississippi Matilda. Il enregistre également en 1937 plusieurs autres morceaux, les siens et avec les mêmes.
Il se sépare de Mississippi Matilda en 1952 et renonce un temps à la musique. On le retrouve néanmoins avec des enregistrements réalisés en 1970 pour Adelphi puis en 1976 à Greenville pour le label Albatros. Sur les 24 morceaux gravés pour Albatros, le label en éditera neuf.
On écoute l’un des morceaux de 1976, non édité ) l’époque. Il s’agit d’une version du grand classique du blues du Mississippi, Poor Boy. Je précise qu’il s’agit de la deuxième prise. Ce morceau, comme les 23 autres, a été édité en 2013 sur CD par le label Mbirafon dont je ne sais absolument rien. 
Incroyable son de guitare obtenu par une Silvertone dans laquelle il avait introduit un résonateur en aluminium comme les guitares National. A noter aussi qu’il avait ajouté une septième corde à sa guitare. Evidemment ce son tout à fait extraordinaire avant guerre a été éclipsé par l’arrivée de la guitare électrique.
Le CD de Mbirafon s’appelle « Eugene Powell Blues At Home 3 ». Comme son nom l’indique, c’est le troisième volet d’une série consacrée à des artistes de country blues.


6/ Mae Mercer, 1932-2008
Mae Mercer est une chanteuse de blues née en Caroline du Nord et elle est sans doute plus connue pour ses films que pour sa carrière musicale. En fait elle a mené les deux de front, du moins au début, et les deux sont intéressants.
Elle enregistre son premier 45 tours pour Atlas Records en 1960. La face B est un grand classique du blues de Chicago, Sweet Black Angel. Je vous propose d’écouter le morceau qui se trouve sur la face A, Great Googa Mooga. 
Dans les années soixante elle passe environ huit à Paris, elle chante dans un club. Elle effectue aussi une tournée européenne. Elle a sorti deux 45 tours chez Decca en 1964.
Ses disques sont assez difficiles à se procurer. Mais on trouve ses morceaux sur des compilations, comme pour Great Googa Mooga qu’on a écouté, disponible sur la compilation titrée « Atlas Blues Explosion New York’s 1950’ ».
Pour ce qui est des films, elle a commencé en 1963. Son film le plus connu est L’inspecteur Harry (Dirty Harry en anglais) de Don Siegel, avec Clint Eastwood, paru en 1971. A partir des années soixante-dix, Mae Mercer s’est consacrée exclusivement au cinéma et à la télévision.


7/ Larry Birdsong, 1934-1990
C’est sûr qu’avec un nom pareil, « chant d’oiseau », Larry Birdsong a dû se sentir destiné à une carrière musicale. Chanteur originaire du Tennessee, il a tout essayé : le blues, le doo-wop, le jazz, le gospel, le rock ‘n’ roll, la soul. Mais il aura surtout couru après le succès sans l’obtenir vraiment.
Il a été découvert par le producteur Ted Jarrett qui pourrait l’avoir aidé à éviter sinon la prison, du moins les contraintes d’une période de probation. En 1956, il sort deux 45 tours chez Calvert, la marque de Jarrett, et un autre chez Excello. La face A du single Excello, Pleadin’ For Love, atteint la onzième place du Billboard. C’est sans doute ce succès initial qui conduira plusieurs marques à lui laisser tenter sa chance.
En 1957, Larry Birdsong enregistre pour Vee-Jay. Il fait plusieurs sessions dans les studios de Cosimo Matassa à La Nouvelle Orléans. En 1958-1959, Jarrett publie des enregistrements sur le label Champion. Birdsong sort des 45 tours chez Cherokee et Ace.
Entre 1961 et 1962 il sort quatre 45 tours chez Home Of the Blues avec un groupe de soutien, les Larryettes. On écoute la face A du premier single, I’ll Let Nothing Separate Me From Your Love.  
Après 1962, il y a un trou. Il faut attendre 1966 pour voir Larry Birdsong réapparaître chez Sur-Speed Records. Il fait une série de 45 tours sur diverses marques jusqu’en 1973. Par la suite il n’a sorti qu’un single de gospel en 1981.


8/ Richard Brothers
Je n’ai aucune info sur des frangins nommés Richard qui ont enregistré du rockabilly dans les années cinquante sinon qu’ils ont gravé en 1959 un 45 tours chez Richland Records, un label qui était basé à Morgan City en Louisiane avec sur la face A un morceau intitulé You Will Be Too Late et sur la face B le morceau Gonna Work qu’on va écouter..
On trouve ce morceau sur le CD « Rock Me Mama », onzième volume d’une série dont j’ai abondamment parlé dans cette émission. Il s’agit de la série « Boppin’ by the Bayou » éditée par le label Ace, qui réédite des morceaux de rockabilly et de swamp pop de Louisiane, issus notamment des labels Excello et Goldband Records.
A noter que cette série est complétée par deux autres : « Bluesin’ by the Bayou » et « Rhythm ‘n’ Bluesin’ by the Bayou » pour le blues et le rhythm and blues. Les trois séries sont d’ailleurs mélangées dans une collection unique. A ce jour dix-neuf volumes sont parus


9/ Baby Face Turner
Chanteur guitariste à ne pas confondre avec le célèbre Ike Turner. J’ai eu l’occasion de voir cette confusion sur le net ; une confusion rendue possible par le fait que tous les deux ont travaillé pour le label Modern des frères Bihari. A cette époque d’ailleurs, Ike Turner était plutôt employé comme recruteur de talent, comme talent scout, que comme artiste.
Baby Face Turner, notre Turner au visage de bébé, n’est l’auteur que de trois chansons, plus les prises alternatives, réalisées lors d’une session mémorable le 21 mars 1952. La scène se passe au Music Center d’un certain Martin Scroggin au 106 avenue Washington à North Little Rock dans l’Arkansas. Ce jour-là un cyclone ravage l’Etat, faisant 111 morts dans l’Arkansas et plus d’une centaine d’autres dans les Etats voisins, Tennessee, Missouri, Kentucky, Alabama et Mississippi. Ce cyclone est celui qui a causé le plus de morts dans l’histoire de l’Arkansas ; ce qui a amené le producteur Joe Bihari à dire qu’il avait dû  se battre contre deux forces pour mener à bien son entreprise : les forces politiques et les forces de la nature.
Mais les chansons de Baby Face Turner ont bien été gravées. Parmi elles, Gonna Let You Go, qu’on écoute.
Modern a publié en 1952 deux des chansons de Baby Face Turner, dont Gonna Let You Go. Il a publié la troisième l’année d’après, en 1953, en l’attribuant par erreur à Sunny Blair.
Par ailleurs Baby Face Turner serait l’auteur d’un quatrième titre, un classique du blues du Mississippi intitulé 44 Blues mais ce morceau reste introuvable.
Les morceaux de baby Face Turner ont été éditées par le label Ace dans le deuxième volume de son excellente série « The Modern Downhome Blues Sessions » sous-titré « Mississippi & Arkansas 1952 ».


10/ Sunnyland Slim, 1906-1995  
Chanteur pianiste, vrai nom : Albert Luandrew, originaire du Mississippi. En 1925 on le trouve à Memphis ; c’est en 1942 qu’il se fixe à Chicago. Il a joué un rôle important dans le blues de Chicago de l’après-guerre, non en raison de son style qui n’a rien de franchement original mais parce qu’il a joué avec une quantité phénoménale d’artistes et qu’il en a introduit un bon nombre dans les studios d’enregistrement. Sur les faces qu’il a enregistrées, on trouve les noms de Muddy Waters, Little Walter, Robert Jr Lockwood, Leroy Foster, Snooky Pryor, Big Walter Horton, Eddie Taylor etc.
 Il a commencé à enregistrer en 1946 pour Specialty avec le groupe de Jump Jackson et sous son nom à partir de 1947, ou plus exactement au début sous le pseudonyme de « Doctor Clayton’s Buddy », l’ami de Docteur Clayton, pianiste de Chicago avant-guerre qui a eu une influence considérable ç l’époque.
En 1948 Sunnyland Slim réalise plusieurs sessions avec Muddy Waters. Il dirige ensuite plusieurs petits orchestres et enregistre abondamment jusqu’en 1956/1957 pour des marques diverses. 
On écoute un morceau de 1957 gravé chez Cobra, It’s You Baby.
Ce morceau est tiré d’une compilation publiée en 2002 par E-Music West Side intitulée « Goin’ Down To Eli’s, The Cobra & ABCO Rhythm & Blues Anthology 1956-1958 ». Excellent CD toujours disponible que je recommande aux amateurs !
Dans les années soixante, Sunnyland Slim est venu trois fois en Europe : en 1963 au festival d’Antibes, en 1964 avec l’American Folk Blues Festival et en 1969 avec la tournée du Chicago Blues All Stars de Willie Dixon.
Dans les années soixante-dix il a sorti de nombreux albums, notamment pour Prestige/Bluesville, Storyville, Blue Horizon et bien d’autres labels. A noter qu’il a joué avec le groupe de rock/pop Canned Heat. Par la suite, Sunnyland Slim joue encore dans les clubs de Chicago, il participe à des tournées, des festivals et il a continué à enregistrer dans les années quatre-vingt.


11/ Louis Jordan, 1908-1975
Louis Jordan, né en 1908 mort en 1975, joueur de clarinette et de saxophone, fait partie de ces musiciens inclassables qui se situent au carrefour de plusieurs styles : blues, jazz, rock ‘r’ roll… Il a commencé à enregistrer dès 1929 avec le chef d’orchestre et batteur de jazz Chick Webb. Il a accompagné notamment Louis Armstrong et Ella Fitzgerald. Il fonde son orchestre, les Tympany Five, en 1938 et signe chez Decca. Il obtient un succès immédiat et devient une véritable star. 
Louis Jordan a mis au point un style de rhythm and blues incroyablement efficace, à base de jump blues et de boogie. Il est l’auteur d’une dizaine de morceaux, comme Caldonia Boogie, Keep-A-Knockin’, Let The Good Times Roll, qui sont devenus des standards du blues et du rock ‘n’ roll.
On écoute l’un d’eux : Choo Choo Ch’ Boogie, un morceau de Louis Jordan and his Tympany Five, enregistré à Los Angeles en 1946, avec Aaron Izenhall à la trompette, Josh Jackson au saxo ténor, Wild Bill Davis au piano, Carl Hogan à la guitare électrique, Jesse Simpkins à la basse et Eddie Boyd à la batterie (à ne pas confondre avec un autre Eddie Boyd, pianiste de Chicago).
Les morceaux de Louis Jordan se caractérisent par un rythme endiablé, des riffs efficaces, un swing exubérant et Louis Jordan n’hésite pas à les émailler de blagues et de gags qui constituent son cachet personnel. Son succès ne faiblit pas tout au long des années quarante. Il trône sans arrêt en tête du Billboard dans la catégorie rhythm and blues. Et son influence considérable s’étend bien au-delà du seul rhythm and blues.


Vous pouvez écouter les morceaux présentés ici en cliquant sur le titre de la chanson en ROUGE

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mercredi 24 octobre 2018

Séance 47 A


HOT ARIEGE
Du swing, des blue notes et du rythme
Avec Bruno Blue Boy !



Séance 47 


1/ Howlin’ Wolf, 1910-1976 
Howlin’ Wolf, Chester Burnett de son vrai nom, est l’un des maîtres du blues de Chicago des années cinquante soixante. Il est l’auteur d’un grand nombre de standards du genre comme Spoonful, Wang Dang Doodle, Who’s Been Talking ?, Going Down Slow, Hidden Charms et bien d’autres…
On écoute un morceau de 1961 paru chez Chess, qui est peut-être celui qui est le plus connu du fait de sa reprise par les Rolling Stones, The Red Rooster. Howlin’ Wolf est au chant et à la guitare, Johnny Jones au piano, Hubert Sumlin à la guitare, Willie Dixon à la basse et Sammy Lay à la batterie.
Le morceau qu’on vient d’écouter représente la quintessence du blues de Chicago : une voix sauvage et agressive, une atmosphère incroyable, un rythme lent et envoûtant, un accompagnement top niveau, notamment avec Hubert Sumlin à la guitare ; Hubert Sumlin dont Jimmy Hendrix disait qu’il était le meilleur de sa génération.
A noter que le titre original du morceau est The Red Rooster, le coq rouge. Mais comme les Rolling Stones ont repris le morceau en 1964 sous le titre Little Red Rooster, petit coq rouge – ce qui correspond non au titre mais aux paroles de la chanson originale -, on trouve le même morceau sous les deux noms. A noter aussi que cette reprise, effectuée contre l’avis de leur producteur, a permis au jeune groupe de rock de décrocher son deuxième hit numéro 1 au hit-parade du Royaume Uni. Merci Howlin’ Wolf !
Howlin’ Wolf a beaucoup enregistré pour Chess et s’est produit jusqu’à sa mort dans les boîtes de Chicago. Il a fait partie de la tournée de l’American Folk Blues Festival de 1964. Il a été l’une des personnalités dominantes non seulement du blues de Chicago mais du blues tout court après la guerre.


2/ Tabby Thomas, 1929-2014
Chanteur, guitariste et pianiste né à Baton Rouge, la capitale de la Louisiane. Il fait de la radio, gagne un concours en 1959 ce qui lui permet d’enregistrer un disque pour Hollywood Records. Le disque n’a pas trop de succès. Tabby Thomas joue alors dans les clubs de Baton Rouge avec son groupe, les « Mellow, Mellow Men ». Il enregistre pour de petits labels.
C’est finalement Jay Miller, le producteur basé à Crowley dont on a beaucoup parlé dans cette émission et qui a joué un rôle essentiel pour le swamp blues, le blues de la Louisiane, qui va lui offrir l’opportunité décisive en le faisant enregistrer pour Excello. Le titre Hoodoo Party marche bien. Je vous propose d’écouter la face B du 45 tours sorti en 1962, Roll On Ole Mule.
Tabby Thomas grave plusieurs disques pour Excello dans les années soixante. A la fin de la décennie il se retire de la scène et fonde sa propre maison de disques, Blue Beat. Il donne sa chance à de nombreux artistes locaux. Sur son label qui devient une marque connue et dans son club de Baton Rouge, le « Tabby’s Blues Box et Heritage Hall ». 
A partir des années quatre-vingt Tabby Thomas sort des albums sur diverses marques. Il a aussi fait des tournées en Europe. Tabby Thomas s’est imposé alors comme une personnalité incontournable dans le monde du swamp blues. 


3/ Pilgrim Jubilee Singers
Les groupes de gospel ont la particularité de garder le même nom alors qu’ils ne cessent d’évoluer au fil des ans. Les Pilgrim Jubilee Singers n’échappent pas à cette règle. Le groupe a été créé en 1934 à Jackson dans le Mississippi et il existe encore de nos jours, mais évidemment sans aucun des membres présents à l’origine.
Les deux fondateurs étaient Elgie Graham et Willie Johnson. La composition du groupe a été profondément renouvelée lorsque la famille Graham s’est établie à Chicago en 1950. Les deux fondateurs étaient déjà partis lorsque les Pilgrim Jubilee Singers ont sorti leur premier album chez Peacock en 1962, « Walk On ».
On écoute un morceau de cet album, A City.  
Cleave Graham le leader est baryton, Clay Graham ténor, Percy Clark ténor, Major Roberson baryton, Rufus Crume à la guitare, Lafayette Leake au piano, Willie Dixon à la basse et soit Odie Payne soit Clifton James à la batterie.
Il est frappant de constater que le groupe s’est fait accompagner par les meilleurs musiciens de blues de Chicago, ce qui a représenté une évolution considérable à l’époque. Traditionnellement, dans les milieux du gospel le blues était assimilé à la musique du diable. Mais il faut bien constater que l’adjonction de musiciens de blues top niveau à des ensembles de gospel aussi bons que les Pilgrim Jubilee Singers a produit une musique vraiment sensationnelle.
Les Pilgrim Jubilee Singers constituent l’un des groupes qui ont fait évoluer le gospel dans cette direction dans les années cinquante soixante. Ils ont sorti en tout 25 albums pour six labels différents. Noël Balen, qui a écrit un super ouvrage sur le gospel, écrit que les Pilgrim Jubilee Singers représentent une des plus belles réussites du genre.


4/ Dolly Cooper
Dolly Cooper fait partie de ces très nombreuses chanteuses de rhythm and blues qui n’ont pas réussi à décrocher de succès probant dans les années cinquante ou soixante et qu’on retrouve aujourd’hui sur un grand nombre de compilations consacrées au rhythm and blues, tout simplement parce que ces chanteuses étaient vraiment très douées.
De Dolly Cooper on ne connaît essentiellement que sa discographie. Et encore ! Elle a commencé sa carrière sous le nom de Thelma Cooper et elle aurait enregistré quelques morceaux pour de petits labels de la côte Est qui sont difficiles à trouver aujourd’hui.
C’est pourtant sans doute l’un de ces morceaux qui lui permet d’être repérée par le directeur artistique de Savoy Records chez qui elle signe en 1953. Elle grave alors sous le nom de Dolly Cooper trois 45 tours pour ce label entre 1953 et 1955. Elle signe ensuite chez Modern en 1955. On écoute un morceau du premier 45 tours qu’elle sort chez Modern en 1955 à l’origine sous le nom de Linda Peters car elle était toujours officiellement sous contrat avec Savoy. Le morceau s’appelle Ay La Bah. 
Il s’agit en fait de la face B du 45 tours. La face A, My Man,  était une reprise du morceau de Helen Humes He May Be Your Man. Ni l’un ni l’autre ne font recette, pas plus que les titres présents sur les deux autres 45 tours enregistrés par Dolly Cooper.
C’est la fin. Dolly Cooper devait être dans une situation vraiment désespérée. Elle écrit une lettre au producteur de Savoy en le suppliant de la reprendre. Elle est prête à enregistrer gratuitement s’il lui paye le voyage retour de Los Angeles à Philadelphie. Le producteur a répondu cyniquement : « je t’avais dit de ne pas faire de deal avec ces enfoirés de Modern » (en fait il a utilisé un terme bien plus cru qu’enfoiré). On n’ose imaginer ce que certaines chanteuses ont dû subir de la part de ce genre de bonshommes.
Dolly Cooper essaye encore de percer en 1956 avec un 45 tours chez Dot Records, puis en 1957 avec un dernier chez Ebb Records. Elle doit se résigner et se retire de la scène. Il semblerait qu’elle vive toujours à Philadelphie.


5/ Houston Stackhouse, 1910-1980
Nous avons parlé de ce superbe chanteur guitariste du Mississippi à l’occasion d’une émission avec Marc sur l’œuvre du chercheur George Mitchell. Né Houston Goff dans le Mississippi, il vivait dans une plantation chez un certain James Stackhouse. Il semble qu’il n’ait appris que tardivement qui étaient ses parents, lorsqu’il a dû se procurer un passeport.
A fréquenté des grands noms du blues dans les années vingt trente : Tommy Johnson, Mississippi Sheiks, Robert Johnson. Il rejoint son cousin Robert Nighthawk à Helena dans l’Arkansas en 1946, avec lequel il participe à des émissions de radio (KFFA). Se joint aussi à James Peck Curtis, batteur, et au guitariste Joe Willie Wilkins.
Il travaille en semaine dans les usines Chrysler, dans des fermes, dans une usine électrique. Il joue la nuit et les week-ends.
C’est en 1967 qu’il est enregistré par George Mitchell. Les titres seront publiés par Testament et Arhoolie. On écoute un morceau de cette période, I Hate To Hear My Good Girl. 
► Houston Stackhouse - I Hate To Hear My Good Girl
Le morceau est extrait d’un CD intitulé « Big Road Blues » publié par le label Wolf Records, toujours disponible. 
L’ethnomusicologue David Evans l’enregistre pour Flyright peu après George Mitchell. 
Rejoint le groupe des King Biscuit Boys de Joe W. Wilkins. Il participe à des festivals. Un enregistrement pour Adelphi en 1972, non édité dans un premier temps, paraîtra en CD en 1994 chez Genes Records , « Cryin’ Won’t Help You ».
Arnaudon écrit qu’il a joué « un rôle déterminant dans la propagation du blues du Delta ». Il a assimilé l’œuvre de Tommy Johnson, un grand nom du Delta blues ; il s’est créé un style très personnel et a fortement inspiré Robert Nighthawk.  


6/ Big Maceo, 1905-1953 
Le morceau qu’on va entendre à présent est l’un des documents les plus extraordinaires de l’histoire du blues et sans doute au-delà de toute la musique populaire américaine.
Il est dû à un très grand pianiste, Big Maceo. Son vrai nom est Major Merriweather. Il est né en Géorgie en 1925. Il s’établit à Detroit en 1924 ; il travaille en journée dans les usines Ford et il joue la nuit dans les tavernes  En 1941 et 1942, il séjourne fréquemment à Chicago où il se lie d’amitié avec Big Bill Broonzy et Tampa Red. Avec ce dernier il grave pour le label Bluebird une série de chefs d’œuvre. Nous avons déjà eu l’occasion d’en écouter, comme Worried Life Blues ou County Jail Blues.
Le morceau qu’on écoute a été enregistré pour Bluebird en 1945. Il s’agit en fait d’un solo de piano intitulé Chicago Breakdown, où Big Maceo est accompagné par une guitare tenue par Tampa Red et une batterie par Charles Chick Saunders.
Big Maceo a enregistré pour Bluebird jusqu’en 1947. La fin de sa vie est tragique. En 1946 il est frappé d’une attaque qui le laisse paralysé du bras droit. Les dernières faces enregistrées pour Bluebird ont été réalisées avec l’aide d’un autre pianiste, Eddie Boyd. 
Big Maceo enregistre encore pour de petites marques en 1949 et en 1952 en se faisant aider par d’autres pianistes mais il n’est que l’ombre de lui-même. Il ne trouve plus d’engagements et meurt dans la misère d’une seconde attaque cardiaque en 1953.
Triste fin pour l’un des plus grands pianistes de blues de tous les temps qui a influencé tous ceux qui ont suivi, d’Eddie Boyd à Otis Spann, en passant par Johnny Jones.


7/ Snooks Eaglin, 1936-2009
Snooks Eaglin, de son vrai nom Fird Eaglin Jr, est un musicien aveugle hors norme découvert par l’ethnomusicologue Harry Oster en 1958. Snooks Eaglin est né à La Nouvelle Orléans ; en 1952 il participe à un groupe fondé par Allen Toussaint, il joue dans les rues de La Nouvelle Orléans. C’est là qu’Oster le repère et il lui fait enregistrer sept sessions entre 1958 et 1960. Snooks Eaglin joue alors dans un style folk comme c’était la mode à l’époque. Ces enregistrements ont été édités par la suite par des labels comme Folkways, Prestige ou Arhoolie.
Entre 1960 et 1963, Snooks Eaglin réalise plusieurs sessions pour Imperial. Accompagné par l’orchestre de Dave Bartholomew, il joue dans un style plus rhythm and blues. On écoute un morceau de cette période. Il s’agit de Travellin’ Mood.  
Bien que les sessions pour Imperial soient de très bonne qualité, les disques n’ont alors aucun succès. Snooks Eaglin retourne alors chanter dans les rues de La Nouvelle Orléans. En 1964 il joue pour une radio suédoise et en 1971 il enregistre un album pour le producteur Sam Charters qui sera édité par le label suédois Sonet. Le style est éclectique, soul, pop, flamenco. Bref, il n’a rien pour enthousiasmer les amateurs de blues. Dans le même temps cependant, il est présent sur des sessions enregistrées par le pianiste légendaire de La Nouvelle Orléans, Professor Longhair. Il faut attendre 1978 pour que Sonet sorte un deuxième album où Snooks Eaglin retrouve le style blues de La Nouvelle Orléans.
Dans les années quatre-vingt, quatre-vingt-dix, Snooks Eaglin a sorti plusieurs bons albums publiés par différents labels, dont Black Top Records.


8/ The 5 Royales / Lowman Pawling  
Les groupes de doo wop sont aujourd’hui moins connus que la plupart des grands noms du rhythm and blues ou du rock ‘n’ roll des années cinquante. Pourtant ils ont joué un rôle essentiel dans l’évolution du rhythm and blues, vers le rock ‘n’ roll bien sûr, mais aussi vers la soul music.
Les 5 Royales se sont d’abord appelés les Royal Sons Gospel Group et, comme leur nom l’indiquait, c’était un groupe de gospel. Il y a eu une embrouille avec les Royals de Hank Ballard et du coup les deux groupes ont changé de nom. Les Royals dont on parle sont devenus les 5 Royales (avec le chiffre 5, bien qu’on les trouve aussi avec « five » en toutes lettres) et le groupe de Hank Ballard s’est appelé les Midnighters.
Les 5 Royales sont les membres d’une même famille, la famille Pauling, de Caroline du Nord. Les frères Lowman, Clarence et Curtis, soutenaient leur père Lowman Sr au début. Quand ils signent chez Apollo à New York en 1952 ils passent du gospel à la musique profane. Et c’est Lowman Jr, guitariste, qui va devenir l’auteur à succès des 5 Royales et le leader.
Ils décrochent leurs premiers succès en 1953. Ils sortent coup sur coup deux morceaux qui atteignent la première place au Billboard catégorie rhythm and blues : Baby Don’t Do It puis Help Me Somebody. Ils s’installent alors comme un des principaux groupes du genre.
On écrit un morceau de 1957 sorti chez King et écrit par Lowman Pauling, Thirty Second Lover. 
Les 5 Royales ont sorti de nombreux hits, je ne vais pas tous les citer. Il faut noter que plusieurs morceaux des 5 Royales écrits par Lowman Pauling ont été repris par d’autres chanteurs qui ont également obtenu des succès avec ces titres. Ainsi les Shirelles en 1961 puis les Mamas and the Papas en 1967 avec le même morceau, Dedicated To The Man I Love ; James Brown en 1960 avec Think, un morceau toutefois à ne pas confondre avec le grand succès d’Aretha Franklin, ou encore Ray Charles avec Tell The Truth. 
Le groupe se sépare en 1965. Lowman Pauling enregistre alors en solo quelques disques pour différents labels puis il arrêtera pour se faire concierge dans une église. Il est décédé en 1973.


9/ Peppermint Harris, 1925-1999
Chanteur guitariste de rhythm and blues né au Texas, dont le vrai nom est Harrison Demotra Nelson Jr. Ses premiers enregistrements datent de la fin des années quarante, il est alors accompagné par Lightnin’ Hopkins.
En 1950 il grave plusieurs 45 tours pour le label « Sittin In With » qui lui attribue le surnom de Peppermint Harris. On écoute un morceau qui est une face B de l’un de ces 45 tours. Le morceau s’appelle Fat Girl Boogie.
Peppermint Harris a suivi un chemin classique. Du Texas il est passé à la Californie en 1951, plus précisément à Los Angeles où il signe d’abord chez Modern puis chez Aladdin. C’est pour ce dernier label qu’il obtient une place de numéro 1 au Billboard rhythm and blues avec I Got Loaded. Il sortira huit autres 45 tours chez Aladdin, sans toutefois retrouver le succès de I Got Loaded. 
Il a ensuite enregistré à la fin des années cinquante, début des années soixante, pour divers petits labels californiens, Dark, Combo, Juke, Jewel. Mais ces disques ne lui permettent pas non plus de renouer avec le succès. 
Il sort un album chez Time en 1960. Il enregistre ensuite en Louisiane. Son dernier album paraît en 1995 chez Home Cooking. 


10/ Gene Summers  
Gene Summers est un chanteur guitariste né en 1939 à Dallas, Texas. Il est très connu aujourd’hui des amateurs de rock ‘n’ roll pour un morceau qui est devenu un classique du genre, School Of Rock ‘N’ Roll. Pourtant ce morceau sorti en 1958 n’a pas été un succès national.
Gene Summers a formé son premier groupe, les Rebels, en 1957. Ils passent sur une radio locale. Gene Summers et les Rebels sortent leur premier disque l’année suivante en 1958 sur un petit label, Jan Records. Les deux morceaux deviennent des succès régionaux : sur la face A Straight Skirt et sur la face B School Of Rock ‘N’ Roll. On l’écoute.
 Le thème de l’école et du rock ‘n’ roll a souvent été traité. Je pense notamment au School Days de Chuck Berry. Les paroles s’adressent évidemment aux adolescents :
« Eh bien, l'école de Rock ‘n’  Roll tient une session toute l'année 
L'école de Rock ‘n’  Roll c’est là où vous apprendrez à bouger votre carcasse 
Sûr, l’école de Rock ‘n’  Roll c’est là où je languis d’aller 
Maintenant la prof n'utilise même pas de craie 
Non, parce que l'homme qui vit ne fait pas semblant de laisser une marque 
Car ici à cette école tout ce que vous apprenez à faire c’est du rock 
Super, ils basculent sur le tableau, ils rockent sur le bureau 
Les devoirs de rock c’est qu'ils adorent le plus
L'école de Rock ‘n’ Roll tient une session toute l'année 
Ouais, l’école de Rock 'n’ Roll c’est là où je vais aller ! » 
Chanson écrite par le guitariste du groupe James McClung. Le groupe était également composé de Jack Castleberry à la basse, Codine Craft au piano et Charlie Mendias à la batterie. 
Dans cette composition le groupe a sorti plusieurs 45 tours. Il s’est séparé en 1961. Gene Summers a alors formé un nouveau groupe, les Tom Toms. En avril 61, ils font un spectacle dans lequel se produit également Elmore James, immense bluesman de Chicago. En mai 1961 ils partent en tournée avec Chuck Berry. Ils ont sorti des 45 tours sur différentes petites marques et un album en 1963.
La composition des Tom Toms évolue et curieusement elle finira par être grosso modo la même que celle des premiers Rebels, avec notamment James McClung. Le groupe a sorti plusieurs albums dans les années soixante-dix.


11/ Joe McCoy, 1905-1950
En fait, il faudrait parler des McCoy Brothers, deux frères originaires du Mississippi : Joe, parfois surnommé Kansas Joe, chanteur guitariste, est l’aîné ; Charlie, né en 1909, est chanteur, guitariste et mandoliniste. Ils ont joué séparément ou ensemble.
Alors que le second, Charlie, joue à l’origine dans un style rural classique pour le Mississippi – il a fréquenté Tommy Johnson, Ishman Bracey ou encore Walter Vincson -, l’aîné Joe adopte un style plus urbain. En 1927 il épouse la chanteuse Memphis Minnie et se fixe à Memphis. Ensemble ils enregistrent pour Columbia en 1929. Puis ils vont vire à Chicago en 1930 et là ils enregistrent pour Vocalion et Decca jusqu’en 1934, date de leur rupture.
Joe McCoy s’associe alors avec son frère Charlie venu entre-temps à Chicago. Ensemble ils constituent un orchestre, les Harlem Hamfats, et enregistrent pour Decca et Vocalion jusqu’en 1939.
Ensuite ils enregistrent sous des noms divers. On écoute un morceau de 1940, crédité à Big Joe and His Washboard Band. Sur ce morceau intitulé I’m Through With You, Charlie, n’apparaît pas : on trouve Joe McCoy au chant et à la guitare, Robert Lee McCoy à l’harmonica (il s’agit en fait de Robert Nighthawk, qui était alors musicien de studio à Chicago et qui deviendra une grande figure parmi les guitaristes), probablement Ransom Knowling à la basse et Amanda Sortier au washboard et au chant. 
Joe McCoy a enregistré quatre faces pour Okeh en 1940. Les derniers enregistrements des McCoy Brothers ont été réalisés entre 1941 et 1944 pour Bluebird qui était encore à ce moment-là la grande marque de Chicago.
Les frères McCoy sont morts à quelques mois d’intervalle en 1950. Ils font partie des artistes qui incarnent la transition entre le blues rural traditionnel et le blues urbain moderne, comme Memphis Minnie et Robert Nighthawk que j’ai évoqués tout à l’heure.



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