mercredi 24 octobre 2018

Séance 47 A


HOT ARIEGE
Du swing, des blue notes et du rythme
Avec Bruno Blue Boy !



Séance 47 


1/ Howlin’ Wolf, 1910-1976 
Howlin’ Wolf, Chester Burnett de son vrai nom, est l’un des maîtres du blues de Chicago des années cinquante soixante. Il est l’auteur d’un grand nombre de standards du genre comme Spoonful, Wang Dang Doodle, Who’s Been Talking ?, Going Down Slow, Hidden Charms et bien d’autres…
On écoute un morceau de 1961 paru chez Chess, qui est peut-être celui qui est le plus connu du fait de sa reprise par les Rolling Stones, The Red Rooster. Howlin’ Wolf est au chant et à la guitare, Johnny Jones au piano, Hubert Sumlin à la guitare, Willie Dixon à la basse et Sammy Lay à la batterie.
Le morceau qu’on vient d’écouter représente la quintessence du blues de Chicago : une voix sauvage et agressive, une atmosphère incroyable, un rythme lent et envoûtant, un accompagnement top niveau, notamment avec Hubert Sumlin à la guitare ; Hubert Sumlin dont Jimmy Hendrix disait qu’il était le meilleur de sa génération.
A noter que le titre original du morceau est The Red Rooster, le coq rouge. Mais comme les Rolling Stones ont repris le morceau en 1964 sous le titre Little Red Rooster, petit coq rouge – ce qui correspond non au titre mais aux paroles de la chanson originale -, on trouve le même morceau sous les deux noms. A noter aussi que cette reprise, effectuée contre l’avis de leur producteur, a permis au jeune groupe de rock de décrocher son deuxième hit numéro 1 au hit-parade du Royaume Uni. Merci Howlin’ Wolf !
Howlin’ Wolf a beaucoup enregistré pour Chess et s’est produit jusqu’à sa mort dans les boîtes de Chicago. Il a fait partie de la tournée de l’American Folk Blues Festival de 1964. Il a été l’une des personnalités dominantes non seulement du blues de Chicago mais du blues tout court après la guerre.


2/ Tabby Thomas, 1929-2014
Chanteur, guitariste et pianiste né à Baton Rouge, la capitale de la Louisiane. Il fait de la radio, gagne un concours en 1959 ce qui lui permet d’enregistrer un disque pour Hollywood Records. Le disque n’a pas trop de succès. Tabby Thomas joue alors dans les clubs de Baton Rouge avec son groupe, les « Mellow, Mellow Men ». Il enregistre pour de petits labels.
C’est finalement Jay Miller, le producteur basé à Crowley dont on a beaucoup parlé dans cette émission et qui a joué un rôle essentiel pour le swamp blues, le blues de la Louisiane, qui va lui offrir l’opportunité décisive en le faisant enregistrer pour Excello. Le titre Hoodoo Party marche bien. Je vous propose d’écouter la face B du 45 tours sorti en 1962, Roll On Ole Mule.
Tabby Thomas grave plusieurs disques pour Excello dans les années soixante. A la fin de la décennie il se retire de la scène et fonde sa propre maison de disques, Blue Beat. Il donne sa chance à de nombreux artistes locaux. Sur son label qui devient une marque connue et dans son club de Baton Rouge, le « Tabby’s Blues Box et Heritage Hall ». 
A partir des années quatre-vingt Tabby Thomas sort des albums sur diverses marques. Il a aussi fait des tournées en Europe. Tabby Thomas s’est imposé alors comme une personnalité incontournable dans le monde du swamp blues. 


3/ Pilgrim Jubilee Singers
Les groupes de gospel ont la particularité de garder le même nom alors qu’ils ne cessent d’évoluer au fil des ans. Les Pilgrim Jubilee Singers n’échappent pas à cette règle. Le groupe a été créé en 1934 à Jackson dans le Mississippi et il existe encore de nos jours, mais évidemment sans aucun des membres présents à l’origine.
Les deux fondateurs étaient Elgie Graham et Willie Johnson. La composition du groupe a été profondément renouvelée lorsque la famille Graham s’est établie à Chicago en 1950. Les deux fondateurs étaient déjà partis lorsque les Pilgrim Jubilee Singers ont sorti leur premier album chez Peacock en 1962, « Walk On ».
On écoute un morceau de cet album, A City.  
Cleave Graham le leader est baryton, Clay Graham ténor, Percy Clark ténor, Major Roberson baryton, Rufus Crume à la guitare, Lafayette Leake au piano, Willie Dixon à la basse et soit Odie Payne soit Clifton James à la batterie.
Il est frappant de constater que le groupe s’est fait accompagner par les meilleurs musiciens de blues de Chicago, ce qui a représenté une évolution considérable à l’époque. Traditionnellement, dans les milieux du gospel le blues était assimilé à la musique du diable. Mais il faut bien constater que l’adjonction de musiciens de blues top niveau à des ensembles de gospel aussi bons que les Pilgrim Jubilee Singers a produit une musique vraiment sensationnelle.
Les Pilgrim Jubilee Singers constituent l’un des groupes qui ont fait évoluer le gospel dans cette direction dans les années cinquante soixante. Ils ont sorti en tout 25 albums pour six labels différents. Noël Balen, qui a écrit un super ouvrage sur le gospel, écrit que les Pilgrim Jubilee Singers représentent une des plus belles réussites du genre.


4/ Dolly Cooper
Dolly Cooper fait partie de ces très nombreuses chanteuses de rhythm and blues qui n’ont pas réussi à décrocher de succès probant dans les années cinquante ou soixante et qu’on retrouve aujourd’hui sur un grand nombre de compilations consacrées au rhythm and blues, tout simplement parce que ces chanteuses étaient vraiment très douées.
De Dolly Cooper on ne connaît essentiellement que sa discographie. Et encore ! Elle a commencé sa carrière sous le nom de Thelma Cooper et elle aurait enregistré quelques morceaux pour de petits labels de la côte Est qui sont difficiles à trouver aujourd’hui.
C’est pourtant sans doute l’un de ces morceaux qui lui permet d’être repérée par le directeur artistique de Savoy Records chez qui elle signe en 1953. Elle grave alors sous le nom de Dolly Cooper trois 45 tours pour ce label entre 1953 et 1955. Elle signe ensuite chez Modern en 1955. On écoute un morceau du premier 45 tours qu’elle sort chez Modern en 1955 à l’origine sous le nom de Linda Peters car elle était toujours officiellement sous contrat avec Savoy. Le morceau s’appelle Ay La Bah. 
Il s’agit en fait de la face B du 45 tours. La face A, My Man,  était une reprise du morceau de Helen Humes He May Be Your Man. Ni l’un ni l’autre ne font recette, pas plus que les titres présents sur les deux autres 45 tours enregistrés par Dolly Cooper.
C’est la fin. Dolly Cooper devait être dans une situation vraiment désespérée. Elle écrit une lettre au producteur de Savoy en le suppliant de la reprendre. Elle est prête à enregistrer gratuitement s’il lui paye le voyage retour de Los Angeles à Philadelphie. Le producteur a répondu cyniquement : « je t’avais dit de ne pas faire de deal avec ces enfoirés de Modern » (en fait il a utilisé un terme bien plus cru qu’enfoiré). On n’ose imaginer ce que certaines chanteuses ont dû subir de la part de ce genre de bonshommes.
Dolly Cooper essaye encore de percer en 1956 avec un 45 tours chez Dot Records, puis en 1957 avec un dernier chez Ebb Records. Elle doit se résigner et se retire de la scène. Il semblerait qu’elle vive toujours à Philadelphie.


5/ Houston Stackhouse, 1910-1980
Nous avons parlé de ce superbe chanteur guitariste du Mississippi à l’occasion d’une émission avec Marc sur l’œuvre du chercheur George Mitchell. Né Houston Goff dans le Mississippi, il vivait dans une plantation chez un certain James Stackhouse. Il semble qu’il n’ait appris que tardivement qui étaient ses parents, lorsqu’il a dû se procurer un passeport.
A fréquenté des grands noms du blues dans les années vingt trente : Tommy Johnson, Mississippi Sheiks, Robert Johnson. Il rejoint son cousin Robert Nighthawk à Helena dans l’Arkansas en 1946, avec lequel il participe à des émissions de radio (KFFA). Se joint aussi à James Peck Curtis, batteur, et au guitariste Joe Willie Wilkins.
Il travaille en semaine dans les usines Chrysler, dans des fermes, dans une usine électrique. Il joue la nuit et les week-ends.
C’est en 1967 qu’il est enregistré par George Mitchell. Les titres seront publiés par Testament et Arhoolie. On écoute un morceau de cette période, I Hate To Hear My Good Girl. 
► Houston Stackhouse - I Hate To Hear My Good Girl
Le morceau est extrait d’un CD intitulé « Big Road Blues » publié par le label Wolf Records, toujours disponible. 
L’ethnomusicologue David Evans l’enregistre pour Flyright peu après George Mitchell. 
Rejoint le groupe des King Biscuit Boys de Joe W. Wilkins. Il participe à des festivals. Un enregistrement pour Adelphi en 1972, non édité dans un premier temps, paraîtra en CD en 1994 chez Genes Records , « Cryin’ Won’t Help You ».
Arnaudon écrit qu’il a joué « un rôle déterminant dans la propagation du blues du Delta ». Il a assimilé l’œuvre de Tommy Johnson, un grand nom du Delta blues ; il s’est créé un style très personnel et a fortement inspiré Robert Nighthawk.  


6/ Big Maceo, 1905-1953 
Le morceau qu’on va entendre à présent est l’un des documents les plus extraordinaires de l’histoire du blues et sans doute au-delà de toute la musique populaire américaine.
Il est dû à un très grand pianiste, Big Maceo. Son vrai nom est Major Merriweather. Il est né en Géorgie en 1925. Il s’établit à Detroit en 1924 ; il travaille en journée dans les usines Ford et il joue la nuit dans les tavernes  En 1941 et 1942, il séjourne fréquemment à Chicago où il se lie d’amitié avec Big Bill Broonzy et Tampa Red. Avec ce dernier il grave pour le label Bluebird une série de chefs d’œuvre. Nous avons déjà eu l’occasion d’en écouter, comme Worried Life Blues ou County Jail Blues.
Le morceau qu’on écoute a été enregistré pour Bluebird en 1945. Il s’agit en fait d’un solo de piano intitulé Chicago Breakdown, où Big Maceo est accompagné par une guitare tenue par Tampa Red et une batterie par Charles Chick Saunders.
Big Maceo a enregistré pour Bluebird jusqu’en 1947. La fin de sa vie est tragique. En 1946 il est frappé d’une attaque qui le laisse paralysé du bras droit. Les dernières faces enregistrées pour Bluebird ont été réalisées avec l’aide d’un autre pianiste, Eddie Boyd. 
Big Maceo enregistre encore pour de petites marques en 1949 et en 1952 en se faisant aider par d’autres pianistes mais il n’est que l’ombre de lui-même. Il ne trouve plus d’engagements et meurt dans la misère d’une seconde attaque cardiaque en 1953.
Triste fin pour l’un des plus grands pianistes de blues de tous les temps qui a influencé tous ceux qui ont suivi, d’Eddie Boyd à Otis Spann, en passant par Johnny Jones.


7/ Snooks Eaglin, 1936-2009
Snooks Eaglin, de son vrai nom Fird Eaglin Jr, est un musicien aveugle hors norme découvert par l’ethnomusicologue Harry Oster en 1958. Snooks Eaglin est né à La Nouvelle Orléans ; en 1952 il participe à un groupe fondé par Allen Toussaint, il joue dans les rues de La Nouvelle Orléans. C’est là qu’Oster le repère et il lui fait enregistrer sept sessions entre 1958 et 1960. Snooks Eaglin joue alors dans un style folk comme c’était la mode à l’époque. Ces enregistrements ont été édités par la suite par des labels comme Folkways, Prestige ou Arhoolie.
Entre 1960 et 1963, Snooks Eaglin réalise plusieurs sessions pour Imperial. Accompagné par l’orchestre de Dave Bartholomew, il joue dans un style plus rhythm and blues. On écoute un morceau de cette période. Il s’agit de Travellin’ Mood.  
Bien que les sessions pour Imperial soient de très bonne qualité, les disques n’ont alors aucun succès. Snooks Eaglin retourne alors chanter dans les rues de La Nouvelle Orléans. En 1964 il joue pour une radio suédoise et en 1971 il enregistre un album pour le producteur Sam Charters qui sera édité par le label suédois Sonet. Le style est éclectique, soul, pop, flamenco. Bref, il n’a rien pour enthousiasmer les amateurs de blues. Dans le même temps cependant, il est présent sur des sessions enregistrées par le pianiste légendaire de La Nouvelle Orléans, Professor Longhair. Il faut attendre 1978 pour que Sonet sorte un deuxième album où Snooks Eaglin retrouve le style blues de La Nouvelle Orléans.
Dans les années quatre-vingt, quatre-vingt-dix, Snooks Eaglin a sorti plusieurs bons albums publiés par différents labels, dont Black Top Records.


8/ The 5 Royales / Lowman Pawling  
Les groupes de doo wop sont aujourd’hui moins connus que la plupart des grands noms du rhythm and blues ou du rock ‘n’ roll des années cinquante. Pourtant ils ont joué un rôle essentiel dans l’évolution du rhythm and blues, vers le rock ‘n’ roll bien sûr, mais aussi vers la soul music.
Les 5 Royales se sont d’abord appelés les Royal Sons Gospel Group et, comme leur nom l’indiquait, c’était un groupe de gospel. Il y a eu une embrouille avec les Royals de Hank Ballard et du coup les deux groupes ont changé de nom. Les Royals dont on parle sont devenus les 5 Royales (avec le chiffre 5, bien qu’on les trouve aussi avec « five » en toutes lettres) et le groupe de Hank Ballard s’est appelé les Midnighters.
Les 5 Royales sont les membres d’une même famille, la famille Pauling, de Caroline du Nord. Les frères Lowman, Clarence et Curtis, soutenaient leur père Lowman Sr au début. Quand ils signent chez Apollo à New York en 1952 ils passent du gospel à la musique profane. Et c’est Lowman Jr, guitariste, qui va devenir l’auteur à succès des 5 Royales et le leader.
Ils décrochent leurs premiers succès en 1953. Ils sortent coup sur coup deux morceaux qui atteignent la première place au Billboard catégorie rhythm and blues : Baby Don’t Do It puis Help Me Somebody. Ils s’installent alors comme un des principaux groupes du genre.
On écrit un morceau de 1957 sorti chez King et écrit par Lowman Pauling, Thirty Second Lover. 
Les 5 Royales ont sorti de nombreux hits, je ne vais pas tous les citer. Il faut noter que plusieurs morceaux des 5 Royales écrits par Lowman Pauling ont été repris par d’autres chanteurs qui ont également obtenu des succès avec ces titres. Ainsi les Shirelles en 1961 puis les Mamas and the Papas en 1967 avec le même morceau, Dedicated To The Man I Love ; James Brown en 1960 avec Think, un morceau toutefois à ne pas confondre avec le grand succès d’Aretha Franklin, ou encore Ray Charles avec Tell The Truth. 
Le groupe se sépare en 1965. Lowman Pauling enregistre alors en solo quelques disques pour différents labels puis il arrêtera pour se faire concierge dans une église. Il est décédé en 1973.


9/ Peppermint Harris, 1925-1999
Chanteur guitariste de rhythm and blues né au Texas, dont le vrai nom est Harrison Demotra Nelson Jr. Ses premiers enregistrements datent de la fin des années quarante, il est alors accompagné par Lightnin’ Hopkins.
En 1950 il grave plusieurs 45 tours pour le label « Sittin In With » qui lui attribue le surnom de Peppermint Harris. On écoute un morceau qui est une face B de l’un de ces 45 tours. Le morceau s’appelle Fat Girl Boogie.
Peppermint Harris a suivi un chemin classique. Du Texas il est passé à la Californie en 1951, plus précisément à Los Angeles où il signe d’abord chez Modern puis chez Aladdin. C’est pour ce dernier label qu’il obtient une place de numéro 1 au Billboard rhythm and blues avec I Got Loaded. Il sortira huit autres 45 tours chez Aladdin, sans toutefois retrouver le succès de I Got Loaded. 
Il a ensuite enregistré à la fin des années cinquante, début des années soixante, pour divers petits labels californiens, Dark, Combo, Juke, Jewel. Mais ces disques ne lui permettent pas non plus de renouer avec le succès. 
Il sort un album chez Time en 1960. Il enregistre ensuite en Louisiane. Son dernier album paraît en 1995 chez Home Cooking. 


10/ Gene Summers  
Gene Summers est un chanteur guitariste né en 1939 à Dallas, Texas. Il est très connu aujourd’hui des amateurs de rock ‘n’ roll pour un morceau qui est devenu un classique du genre, School Of Rock ‘N’ Roll. Pourtant ce morceau sorti en 1958 n’a pas été un succès national.
Gene Summers a formé son premier groupe, les Rebels, en 1957. Ils passent sur une radio locale. Gene Summers et les Rebels sortent leur premier disque l’année suivante en 1958 sur un petit label, Jan Records. Les deux morceaux deviennent des succès régionaux : sur la face A Straight Skirt et sur la face B School Of Rock ‘N’ Roll. On l’écoute.
 Le thème de l’école et du rock ‘n’ roll a souvent été traité. Je pense notamment au School Days de Chuck Berry. Les paroles s’adressent évidemment aux adolescents :
« Eh bien, l'école de Rock ‘n’  Roll tient une session toute l'année 
L'école de Rock ‘n’  Roll c’est là où vous apprendrez à bouger votre carcasse 
Sûr, l’école de Rock ‘n’  Roll c’est là où je languis d’aller 
Maintenant la prof n'utilise même pas de craie 
Non, parce que l'homme qui vit ne fait pas semblant de laisser une marque 
Car ici à cette école tout ce que vous apprenez à faire c’est du rock 
Super, ils basculent sur le tableau, ils rockent sur le bureau 
Les devoirs de rock c’est qu'ils adorent le plus
L'école de Rock ‘n’ Roll tient une session toute l'année 
Ouais, l’école de Rock 'n’ Roll c’est là où je vais aller ! » 
Chanson écrite par le guitariste du groupe James McClung. Le groupe était également composé de Jack Castleberry à la basse, Codine Craft au piano et Charlie Mendias à la batterie. 
Dans cette composition le groupe a sorti plusieurs 45 tours. Il s’est séparé en 1961. Gene Summers a alors formé un nouveau groupe, les Tom Toms. En avril 61, ils font un spectacle dans lequel se produit également Elmore James, immense bluesman de Chicago. En mai 1961 ils partent en tournée avec Chuck Berry. Ils ont sorti des 45 tours sur différentes petites marques et un album en 1963.
La composition des Tom Toms évolue et curieusement elle finira par être grosso modo la même que celle des premiers Rebels, avec notamment James McClung. Le groupe a sorti plusieurs albums dans les années soixante-dix.


11/ Joe McCoy, 1905-1950
En fait, il faudrait parler des McCoy Brothers, deux frères originaires du Mississippi : Joe, parfois surnommé Kansas Joe, chanteur guitariste, est l’aîné ; Charlie, né en 1909, est chanteur, guitariste et mandoliniste. Ils ont joué séparément ou ensemble.
Alors que le second, Charlie, joue à l’origine dans un style rural classique pour le Mississippi – il a fréquenté Tommy Johnson, Ishman Bracey ou encore Walter Vincson -, l’aîné Joe adopte un style plus urbain. En 1927 il épouse la chanteuse Memphis Minnie et se fixe à Memphis. Ensemble ils enregistrent pour Columbia en 1929. Puis ils vont vire à Chicago en 1930 et là ils enregistrent pour Vocalion et Decca jusqu’en 1934, date de leur rupture.
Joe McCoy s’associe alors avec son frère Charlie venu entre-temps à Chicago. Ensemble ils constituent un orchestre, les Harlem Hamfats, et enregistrent pour Decca et Vocalion jusqu’en 1939.
Ensuite ils enregistrent sous des noms divers. On écoute un morceau de 1940, crédité à Big Joe and His Washboard Band. Sur ce morceau intitulé I’m Through With You, Charlie, n’apparaît pas : on trouve Joe McCoy au chant et à la guitare, Robert Lee McCoy à l’harmonica (il s’agit en fait de Robert Nighthawk, qui était alors musicien de studio à Chicago et qui deviendra une grande figure parmi les guitaristes), probablement Ransom Knowling à la basse et Amanda Sortier au washboard et au chant. 
Joe McCoy a enregistré quatre faces pour Okeh en 1940. Les derniers enregistrements des McCoy Brothers ont été réalisés entre 1941 et 1944 pour Bluebird qui était encore à ce moment-là la grande marque de Chicago.
Les frères McCoy sont morts à quelques mois d’intervalle en 1950. Ils font partie des artistes qui incarnent la transition entre le blues rural traditionnel et le blues urbain moderne, comme Memphis Minnie et Robert Nighthawk que j’ai évoqués tout à l’heure.



Vous pouvez écouter les morceaux présentés ici en cliquant sur le titre de la chanson en ROUGE

Vous Pouvez écouter "Hot Ariège" en direct les mercredis a 19h sur Radio Transparence :

https://www.radio-transparence.org/


Merci pour votre visite & Bon Blues !!

mercredi 17 octobre 2018

Séance 46


HOT ARIEGE
Du swing, des blue notes et du rythme
Avec Bruno Blue Boy !

Séance 46 


1/ T-Bone Walker, 1910-1975
Nous avons fait connaissance avec T-Bone Walker dans Hot Ariège en écoutant son plus grand succès, Call It Stormy Monday : la version originale de 1947 et celle de 1956 pour le label Atlantic. 
Ce géant du blues, pionnier de la guitare électrique qu’il adopte vers 1935, a enregistré dès 1929 un 78 tours pour Columbia. En s’inspirant de Lonnie Johnson, T-Bone Walker a construit un style, le style de la Côte Ouest, le West Coast Blues, en s’appuyant sur une petite formation avec cuivres, piano, basse et batterie. La guitare électrique et les cuivres campent une atmosphère ouatée, vaporeuse, au sein de laquelle la voix de T-Bone émerge d’une façon suave et charmeuse. T-Bone Walker est avec Charles Brown et Lowell Fulson le grand créateur du blues de la côte ouest. 
Il joue avec Cab Calloway, Charlie Christian. En 1940, il sort T-Bone Blues et en 1942, Mean Old World, deux morceaux exceptionnels. Après une session pour Capitol en 1942, il entreprend de longues tournées et se produit dans tous les Etats-Unis : New York, Chicago, Detroit, Los Angeles. Entre 1946 et 1955, il grave de nombreux disques pour plusieurs marques. 
La carrière de T-Bone Walker connaît une interruption en 1955 pour raisons de santé. Il est longtemps absent de la scène mais il enregistre néanmoins pour Atlantic. Ainsi le morceau Two Bones And A Pick qu’on va écouter a été enregistré en 1959. T-Bone Walker est au chant et à la guitare, R.S. Rankin et Barney Kessel aux guitares, Plas Johnson au saxo ténor, Ray Johnson au piano, Joe Comfort à la basse et Earl Palmer à la batterie. Je précise que T-Bone Walker prend le troisième solo de guitare.
T-Bone réapparaît sur scène en 1960 sur la Côte Ouest et il monte ensuite dans le train du blues revival. Il participe à deux séances de l’American Folk Blues Festival. Il se produit et enregistre jusqu’en 1974 où une pneumonie mettra fin à ses jours.
T-Bone Walker a été une grande figure du jump blues, qui a été à l’honneur dans les années quarante et cinquante. Il a été l’un des grands innovateurs du blues. Il incarne la transition entre le jeu de Lonnie Johnson et celui de B.B. King.


2/ Son House, 1902-1988 
Originaire du Mississippi, son vrai nom est Eddie James House Jr. Quand il avait quinze ans, il se proposait de devenir prédicateur. Heureusement pour nous, il s’est tourné vers le blues ! D’ailleurs, en fait de prédicateur, il est condamné pour meurtre en 1928 à la suite d’une bagarre et emprisonné à Parchman Farm, un pénitencier chanté par Bukka White. Il est rapidement libéré et il se lie d’amitié avec Charley Patton, la grande figure du delta blues. En 1930, il enregistre quelques faces pour Paramount. Parmi elles, My Black Mama qu’on écoute.
Toutes les faces enregistrées par Son House en 1930 n’ont pas été retrouvées, ce qui en dit long sur la politique d’une major comme Paramount et sur la faiblesse de la diffusion des morceaux en question.
Son House vit grâce à un emploi de conducteur de tracteurs et il anime des bals et des « house parties » le week-end. Il est retrouvé par l’ethnomusicologue Alan Lomax en 1941. Lomax l’enregistre pour la Bibliothèque du Congrès. La plupart des morceaux ne seront édités qu’en 1963 par Folkways.  
Au moment du blues revival, au début des années soixante, les fans de country blues se mettent à sa recherche et ils le retrouvent en 1964. Une seconde carrière commence alors pour lui. Il enregistre pour Columbia et participe à de nombreux festivals. Il vient même en Europe. Il participe notamment à la tournée de l’American Folk Blues Festival en 1967 où sa prestation est particulièrement remarquée.
Son House s’est retiré de la scène musicale au début des années soixante-dix. C’est une grande figure du Delta blues qui a profondément influencé Robert Johnson et Muddy Waters.


3/ Lisa Bourne  
Je vais vous proposer maintenant quelque chose de plus moderne : une chanteuse de blues, Lisa Bourne. Je n’ai pas beaucoup d’informations sur elle, sinon qu’elle est présente sur le CD du Lucerne Blues Festival de 2002 et que la même année, en 2002 donc, elle a sorti un album chez Pacifica Studio, un label de Los Angeles, intitulé « Bluehipnotik » ; Bluehipnotik en un seul mot.
On écoute un morceau de cet album, Tell Me Lies.
► Lisa Bourne - Tell Me Lies
« Dis-moi des mensonges ! » Mais non Lisa, on ne va pas te baratiner ! Ce n’est pas un mensonge de dire que ce Tell Me Lies, signé Jimmy Morello comme tous les autres morceaux de l’album, me paraît très prometteur. Pourtant, bien que Lisa Bourne soit présente sur quelques compilations depuis 2002, il ne semble pas qu’elle ait sorti d’autre album. Dommage, mais attendons ! Qui sait ? Ca finira peut-être par venir.


4/ Ricky Nelson, 1940-1985
La carrière du chanteur de rockabilly Ricky Nelson est tout à fait caractéristique de la politique des maisons de disques et de la manière dont on fabrique des idoles dans l’industrie du disque.
Imperial, une firme de Los Angeles, est devenue la grande maison de La Nouvelle Orléans grâce aux succès de fats Domino. Fats Domino a réussi un coup prodigieux en passant du rhythm and blues au rock ‘n’ roll. Beaucoup d’autres ont essayé par la suite, bien peu y sont arrivés. On a conté dans Hot Ariège l’histoire de nombreux chanteurs qui ont échoué. Fats Domino a fait le succès d’Imperial.
Mais évidemment cela ne suffisait pas. En 1956/1957, à la suite du succès d’Elvis Presley, le raisonnement des producteurs est le même pour toutes les firmes : pour frapper un grand coup auprès du public blanc, il faut un chanteur blanc. Et toutes les firmes ont essayé de lancer « leur » Elvis Presley. Pour Imperial, ça a été Ricky Nelson.
Ricky Nelson jouait le rôle du jeune premier dans une série télévisée à l’eau de rose. Il avait une certaine ressemblance avec Elvis. On lui a fait enregistrer en 1957 une reprise d’un succès de Fats Domino I’m Walkin’. Ca a marché, Imperial l’a engagé et son premier 45 tours, Be Bop Baby, s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires.
Dans la foulée, toujours en 1957, Imperial sort un album entier de Ricky Nelson intitulé tout simplement « Ricky ». Parmi les morceaux se trouve une reprise d’un titre de Carl Perkins, Boppin’ The Blues. On l’écoute.
Un gars connu qui passe à la télé, une belle gueule, une voix agréable, un label en vogue, une équipe ultra professionnelle, et voilà ! Voilà comment on lance une idole. C’était vrai en 1957, apparemment ça marche toujours.
Ricky Nelson a placé 19 hits au Top 10 du Billboard et entre 1957 et 1962 30 chansons au Top 40. Il arrive en deuxième position derrière Elvis.
 Le critique Charlie Gillett a écrit : « Bien que Nelson eût un registre vocal modeste…, il sut s’adapter au rythme du rock ‘n’ roll de manière plus convaincante que la plupart des chanteurs non originaires du sud. » Ricky Nelson a fait de la télé, des films. Quand la beatlemania a liquidé le rock ‘n’ roll il a fait de la country. L’aventure s’est terminée en 1985 lorsque son avion s’est écrasé. Même fin de vie donc que pour Buddy Holly, Ritchie Valens et quelques autres.


5/ Lil’ Son Jackson, 1916-1976
Melvin Jackson, c’est le vrai nom de ce chanteur guitariste, est né au Texas. C’est l’un des plus remarquables bluesmen texans de l’après-guerre, avec Lightnin’ Hopkins et Smokey Hogg. 
Avant-guerre il occupait un emploi de garagiste et animait des « house parties » avec un groupe de spirituals. Après la guerre il se fixe à Dallas en 1946 et peu après il envoie un disque de démonstration au producteur Bill Quinn ce qui lui permet de graver en 1948 ses premiers disques pour le label Gold Star. Il obtient un petit succès avec Roberta Blues. On écoute un morceau de cette période tiré d’un album intitulé « Texas Blues – The Gold Star Sessions ». Le morceau s’appelle Gambling Blues. 
Jusqu’à la fin 1954, Lil’ Son Jackson se produit localement et en tournées. Il enregistre abondamment pour Imperial (plus de cinquante titres) et obtient un succès avec le morceau Rockin’ And Rollin’ dont B.B. King s’est inspiré pour son célèbre Rock Me Baby.  
Sérieusement blessé dans un accident de voiture, Lil’ Son Jackson renonce à la musique en 1955 et reprend son métier de mécanicien auto. Retrouvé en 1960 par l’écrivain Paul Oliver et le producteur Chris Strachwitz, il a gravé un album solo pour Arhoolie. Il s’est ensuite consacré à son magasin d’accessoires pour automobiles.
 Lil’ Son Jackson, un grand nom du blues du Texas !


6/ Dave Bartholomew 
La Nouvelle Orléans est connue pour avoir été le berceau du jazz. On connaît moins son rôle dans le blues qui est loin d’être négligeable. En fait, le déclin du jazz dixieland a laissé la place à une autre musique populaire noire.
C’est dans l’immédiat après guerre qu’un style particulier de blues est né à La Nouvelle Orléans. Il y a quelques grands noms associés à ce style. Celui du pianiste Professor Longhair d’abord, le véritable créateur du style. Celui de Fats Domino bien sûr, la grande vedette de La Nouvelle Orléans. Celui de Cosimo Matassa, le propriétaire de studios d’enregistrement qui va lancer toutes les gloires locales. Et il y a aussi Dave Bartholomew, trompettiste, compositeur, chef d’orchestre et producteur, qui a eu une influence considérable sur la scène musicale locale.
Dave (son nom est Davis) Bartholomew est né en Louisiane en 1918. Il joue dans un orchestre de jazz avant la guerre. En 1945 il fonde son propre orchestre de danse, les « Dew Droppers ». C’est en 1947 qu’il réalise ses premiers enregistrements pour de Luxe Records, dans les studios de Cosimo Matassa naturellement. En 1949, il grave le morceau Country Boy qui atteint la quatorzième place au Billboard. On l’écoute.
Je crois que je ne connais pas de riff plus copié et recopié que le riff de Country Boy.
Dave Bartholomew est au chant et à la trompette, Joe Harris au saxo alto, Clarence Hall au saxo ténor, Fred Lands au piano, Frank Fields à la batterie et Earl Palmer à la batterie.
Dès 1949 Dave Bartholomew devient le directeur artistique de la maison Imperial. Il ne le restera que deux trois ans, mais cela va suffire pour faire de lui le « pape » du blues local, un peu comme Willie Dixon à  Chicago. C’est ainsi qu’il découvre des talents comme Roy Brown et Fats Domino qui rencontrent un énorme succès. Il est le producteur arrangeur de la plupart des succès locaux des années cinquante. C’est lui par exemple qui produit pour le label Specialty Lawdy Miss Clawdy, grand succès de Lloyd Price.  
Mais bien au-delà de la production c’est lui qui compose et arrange les morceaux. On peut dire que si Professor Longhair est le créateur du son du piano blues Nouvelle Orléans, c’est Dave Bartholomew qui est le créateur du style. Son nom est relativement peu connu et pourtant son rôle a été déterminant pour la scène locale, pour l'évolution du rhythm and blues et pour la création du rock ‘n’ roll.


7/ Fats Domino, 1929-2017
Et Dave Bartholomew a joué un grand rôle dans la vie de l’artiste suivant puisqu’il s’agit de Fats Domino qui a commencé sa carrière en jouant dans l’orchestre de Dave Bartholomew. Et surtout c’est Dave Bartholomew qui a mis au point le style de La Nouvelle Orléans qui a si bien réussi à Fats Domino dès 1949 avec The Fat Man.
On écoute un morceau de 1960 écrit par Dave Bartholomew et Fats Domino pour Imperial, My Girl Josephine.
Ce morceau est intéressant par sa structure. Il est manifestement conçu pour le public du rock ‘n’ roll et pourtant il garde toutes les caractéristiques du rhythm and blues. Il est à la fois puissant et simple, c’est là toute la force de Fats Domino. C’est aussi, plus largement, le secret de la réussite de nombreux morceaux de blues et de rhythm and blues.
Ce n’est pas un des plus grands succès de Fats Domino puisqu’il n’a atteint « que » la quatorzième place au Billboard. Mais il faut se rappeler qu’on est en 1960, date à laquelle l’Europe commence à s’intéresser au rock ‘n’ roll. Et ce morceau a fait une forte impression sur ce tout nouveau public.


8/ Mississippi Heat
Mississippi Heat est un orchestre de Chicago blues dont la clé de voûte est aujourd’hui l’harmoniciste Pierre Lacocque. Attention ! Malgré son nom bien français, Pierre Lacocque est américain.
Le groupe s’est formé en 1991 dans un café de Chicago. Les quatre musiciens d’origine étaient le chanteur guitariste Jon McDonald, le batteur Robert Covington, le bassiste Bob Stroger et Pierre Lacocque. Le groupe n’a pas cessé d’évoluer au fil des ans. Il a compté dans ses rangs des gens comme le guitariste James Wheeler ou la chanteuse Deitra Farr.
Je vous propose d’écouter un morceau tiré d’un album de 2002, « Footprints On The Ceiling ». Le morceau s’appelle Still Havin’ A Ball. 
Pierre Lacocque à l’harmonica, Chris Winter au chant et à la guitare, Billy Boy Arnold guest star à la guitare, Inetta Visor, au chant, Carl Weathersby au chant et à la guitare, Roger Weaver aux claviers, Stephen Howard à la basse et Kenneth Smith à la batterie.
Ce qui est intéressant avec Mississippi Heat, c’est qu’ils parviennent à jouer une musique à la fois moderne et ancrée dans la tradition du blues de Chicago de la belle époque, c’est-à-dire des années cinquante soixante. Ils ont fait paraître douze albums en tout depuis 1992. Le dernier date de 2016. Ils en sortent un tous les deux ans environ. Le prochain ne devrait donc pas tarder.


9/ Milton Brown, 1903-1936
  Ce chanteur né au Texas est le père du western swing. C’est lui qui a eu le premier l’idée géniale de marier country music et jazz pour composer une musique de danse. Cette idée va révolutionner la country music dite « old style » et va influencer toute la musique populaire jusqu’à nos jours.
Le déclic se produit en 1930 dans une salle de bal à Fort Worth, Texas. Brown rencontre deux autres musiciens de country, le violoniste Bob Wills et le guitariste Herman Arnspiger, tous deux passionnés de jazz comme lui. Ils décident de s’associer et fondent le groupe des « Fort Worth Doughboys ». Les Doughboys ont leur programme à une radio locale, extrêmement populaire, et ils gravent un single pour Victor en 1932.
Ils se séparent peu après et Milton Brown fonde alors les Musical Brownies qui réalisent deux sessions pour Bluebird en 1934 : la première en avril, la seconde en août. Ils gravent en tout dix-huit morceaux qui sont autant de chefs d’œuvre du genre. 
On écoute un morceau de la deuxième session, celle d’août 1934, Talkin’ About You.
Milton Brown au chant, Derwood Brown au chant et à la guitare, Cecil Brower et Ted Grantham aux violons, Fred Papa Calhoun au piano, Wanna Coffman à la basse et Ocie Stochard au banjo. 
Certains auteurs, comme Gérard Herzhaft par exemple – une autorité du blues en France – que je cite souvent, considèrent Talkin’ About You comme le premier morceau enregistré de rock ‘n’ roll. C’est une opinion que je ne partage pas, même si on doit reconnaître que Milton Brown a créé une musique de danse moderne fondée sur des éléments blancs et noirs, country et jazz. C’est beaucoup, et ça se rapproche, mais ce n’est pas suffisant à mes yeux.
Il faut être logique. Soit on considère que le rock ‘n’ roll est un phénomène qui déborde le cadre musical, un véritable phénomène social qui a touché la jeunesse de l’après-guerre, et c’est Elvis Presley qui doit être crédité de son origine : Elvis, le premier à interpréter des blues en mariant blues et country music et qui incarne, à l’instar d’un James Dean, une certaine jeunesse rebelle, au moins à ses débuts… Soit on recherche les antécédents purement musicaux du genre et dans ce cas-là on tombe d’un côté sur Jimmie Rodgers, un des pères fondateurs de la country moderne qui interprétait déjà des blues dans les années vingt mais cela ne colle pas parce que ses morceaux n’ont en rien la structure du rock ‘n’ roll et d’un autre côté c’est plutôt Big Joe Turner qui se rapproche le plus du genre en créant avec le pianiste Pete Johnson à la fin des années trente des pièces de rhythm and blues qui ont déjà la structure du rock ‘n’ roll : la base, c’est un chant syncopé sur du boogie-woogie. Et d’ailleurs après la guerre, Big Joe Turner, le créateur de Shake Rattle And Roll, dont Bill Haley a fait un immense succès, jouera un véritable rôle dans le rock ‘n’ roll.
Pour en revenir à Milton Brown, il faut signaler qu’il engage dans son orchestre à la fin de l’année 1934 le guitariste Bob Dunn qui enregistre sa Dobro électrifiée dès janvier 1935, ce qui en fait l’un des tout premiers à utiliser une guitare électrique, avant le jazzman Eddie Durham et juste après le hawaïen Sol Hoopii. 
Milton Brown signe chez Decca en 1935 et enregistre une cinquantaine de morceaux. Il est mort en 1936 des suites d’un accident de voiture, ce qui a privé la country music d’un de ses plus éminents représentants. 


10/ U2 & B.B. King
Nous allons parler à présent d’une association peu courante mais qui en fait a toujours existé. Je veux parler de l’association entre un groupe de rock et un authentique bluesman, en l’occurrence celle de U2 et de B.B. King.
Celle-ci s’est passée en 1988 mais comme le note Philippe Bas–Rabérin dans son ouvrage sur le blues moderne, dès 1963, à la faveur de tournées collectives comme l’AFBF ou de déplacements individuels, Sonny Boy Williamson Rice Miller, Otis Spann, Muddy Waters, Memphis Slim, Champion Jack Dupree, Eddie Boyd, B.B. King ont joué avec Alexis Korner, les Yardbirds, John Mayall, Eric Clapton, Tony McPhee, Peter Green etc. 
On peut ajouter Sleepy John Estes avec Mike Bloomfield, Son House avec Alan Wilson et les « London Howlin’ Wolf Sessions » de 1970 qui ont débouché sur des albums de Howlin’ Wolf avec Eric Clapton, Steve Winwood, Bill Wyman, Charlie Watts. La rencontre la plus connue est celle qui s’est produite en 1970 quand le groupe Canned Heat a enregistré avec John Lee Hooker un album devenu célèbre « Hooker ‘n Heat » ; ils ont ensuite réalisé un concert ensemble en 1971.
Ces rencontres se plaçaient toutefois dans un contexte différent de celui de 1988 quand U2 a joué avec B.B. King. Korner, Clapton, Wilson jouaient une musique consciemment appuyée sur le blues. Le style de U2 en est nettement plus éloigné. Etonnamment, le résultat n’est cependant pas catastrophique ; on peut même dire que ça fonctionne. La preuve par le son : voici U2 et B.B. King en 1988, When Love Comes To Town, extrait de l’album Rattle And Hum.
Je rappelle la composition de U2 : Bono au chant et à la guitare, The Edge au chant, à la guitare et aux claviers, Adam Clayton à la basse et Larry Mullen Jr à la batterie. Le groupe a fait une tournée en 1989. B.B. King jouait en première partie et ils jouaient ensemble pour les rappels.
Pour moi c’est une rencontre vraiment étonnante, inattendue, mais plutôt réussie. Ce n’est vraiment pas le cas de toutes celles que j’ai citées dont la plupart sont, il faut bien le dire, sans aucun intérêt. D’ailleurs à propos d’intérêt, je laisserai la parole à John Lee Hooker : « Cet Eric Burdon et ces Animals, ils ont repris Boom Boom, Dimples, Maudie… Aux USA, on me disait : « Tu entends ce qu’ils font de tes morceaux ? Ils ne savent même pas tenir le tempo. » Mais ils ont vendu beaucoup de disques avec mes blues. Et ça m’a rapporté un bon paquet de dollars. » Sur l’intérêt, je crois que tout est dit. Alimentaire, mon cher Watson !


Morceau non diffusé


11/ Louis Jordan, 1908-1975

Louis Jordan, né en 1908 mort en 1975, joueur de clarinette et de saxophone, fait partie de ces musiciens inclassables qui se situent au carrefour de plusieurs styles : blues, jazz, rock ‘r’ roll… Il a commencé à enregistrer dès 1929 avec le chef d’orchestre et batteur de jazz Chick Webb. Il a accompagné notamment Louis Armstrong et Ella Fitzgerald. Il fonde son orchestre, les Tympany Five, en 1938 et signe chez Decca. Il obtient un succès immédiat et devient une véritable star. 
Louis Jordan a mis au point un style de rhythm and blues incroyablement efficace, à base de jump blues et de boogie. Il est l’auteur d’une dizaine de morceaux, comme Caldonia Boogie, Keep-A-Knockin’, Let The Good Times Roll, qui sont devenus des standards du blues et du rock ‘n’ roll.
On écoute l’un d’eux : Choo Choo Ch’ Boogie, un morceau de Louis Jordan and his Tympany Five, enregistré à Los Angeles en 1946, avec Aaron Izenhall à la trompette, Josh Jackson au saxo ténor, Wild Bill Davis au piano, Carl Hogan à la guitare électrique, Jesse Simpkins à la basse et Eddie Boyd à la batterie (à ne pas confondre avec un autre Eddie Boyd, pianiste de Chicago).
Les morceaux de Louis Jordan se caractérisent par un rythme endiablé, des riffs efficaces, un swing exubérant et Louis Jordan n’hésite pas à les émailler de blagues et de gags qui constituent son cachet personnel. Son succès ne faiblit pas tout au long des années quarante. Il trône sans arrêt en tête du Billboard dans la catégorie rhythm and blues. Et son influence considérable s’étend bien au-delà du seul rhythm and blues.


Vous pouvez écouter les morceaux présentés ici en cliquant sur le titre de la chanson en ROUGE

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mercredi 10 octobre 2018

Séance 45


HOT ARIEGE
Du swing, des blue notes et du rythme
Avec Bruno Blue Boy !

Séance 45


1/ Eddie Kirkland, 1928-2011
Chanteur guitariste (et harmoniciste) né en Louisiane, il a passé son enfance en Alabama. A douze ans, il se joint à un « medecine show », cette sorte de spectacles populaires  dans les campagnes du sud avant guerre, où un « guérisseur » proposait à l’assistance des potions miracle tandis qu’un artiste de blues était chargé d’appâter la clientèle. Il voyage ainsi dans le Tennessee et le Kentucky. En 1943, il se fixe à Detroit, la ville de l’automobile, et il trouve un emploi chez Ford. En 1944 il débute dans l’orchestre de Percy Webb. Il est engagé en 1948 par John Lee Hooker, la star du blues de Detroit. Pendant cinq ans, entre 1948 et 1953, il accompagne John Lee Hooker en tournée et sur les enregistrements. Bien que ce soit ainsi qu’il ait intégré la scène du blues, il gardera de cette période pas mal d’amertume car il estimait que sa carrière n’avait pas eu la dimension méritée, du fait qu’il ait gardé l’image du second de John Lee Hooker.
Eddie Kirkland parvient néanmoins à graver des disques sous son nom pour RPM, pour King. Il forme son orchestre et réalise des sessions pour de petits labels entre 1959 et 1962. Sur certains morceaux il est assisté par la formation de King Curtis.
On écoute un morceau de cette période. Il s’agit de la première version de Train Done Gone, enregistrée en 1961 et rééditée par Original Blues Classics en 1993 dans un album CD intitulé « It’s The Blues Man ! ».
Eddie Kirkland au chant, à l’harmonica et à la guitare, King Curtis et Oliver Nelson au saxo ténor, Herman Foster au piano, Billy Butler à la guitare, Jimmy Lewis à la basse et Frank Shea à la batterie.
En 1962, Eddie Kirkland s’installe en Géorgie. Il est un temps disc-jockey puis il joue dans l’orchestre d’Otis Redding. Grâce à lui, Eddie Kirkland enregistre pour King et pour Volt en 1964-1965 et il obtient même un petit succès avec le morceau The Hawg. 
  Mais ce n’est pas suffisant pour lui et il se décourage. Il abandonne la musique et travaille comme mécanicien dans un garage. Il est retrouvé en 1970. Il se remet à se produire dans des concerts et sort plusieurs albums. Il a joué jusqu’à sa mort en 2011. Il a été tué dans un accident d’automobile. Les bagnoles auront joué un grand rôle dans sa vie jusqu’à la fin !
Eddie Kirkland, c’est un mélange original de blues et de soul, c’est aussi un bon guitariste, un bon bluesman.


2/ Blind Joe Taggart, 1895-1961
  Son vrai nom : Joel Washington Taggart. C’est un « guitar evangelist » né en Caroline du sud. Les « guitar evangelists » étaient des prédicateurs de rue qui chantaient des airs religieux en s’accompagnant à la guitare. Les plus connus sont Blind Willie Johnson et Blind Gary Davis, parfois appelé Reverend Gary Davis. Beaucoup étaient aveugles, d’où la mention « blind » devant leur nom. Il y a d’ailleurs une controverse : certains prétendent que Blind Joe Taggart y voyait d’un œil.
Blind Joe Taggart arrive à Chicago dans les années vingt. Il réalise ses premiers enregistrements pour Vocalion en 1926. Il chante souvent en duo avec sa femme Emma. C’est lui qui introduit Josh White dans les studios de Paramount en 1928.
On écoute un morceau qui fait partie des derniers enregistrements de Blind Joe Taggart pour Paramount en 1934, When I Stand Before The King. 
Il est possible que Blind Joe Taggart ait aussi enregistré des blues, la musique profane, la musique du diable, sous des pseudonymes divers. L’un d’eux paraît assez probable, il s’agit de Six Cylinder Smith.
La série publiée par le label Documents contient deux volumes consacrés à Blind Joe Taggart : le premier pour la période 1926-1928 ; le second pour la période 1929-1934. Le volume 2  contient des morceaux attribués à Six Cylinder Smith et d’autres guitar evangelists, comme le Reverend Clayborn.  


3/ Wild Child Butler, 1936-2005
George Butler a reçu son surnom Wild Child, enfant sauvage, dans son enfance en raison de sa turbulence. Il a commencé sa carrière avec son frère en 1955. Il a constitué ensuite un trio, il a joué dans des juke joints, il a voyagé à Chicago, à New York. Il est revenu en Alabama en 1960, il joue dans des clubs. Il a commencé à enregistrer en 1964 puis il s’est fixé à Chicago. Il joue dans des clubs et grave quelques disques. 
Il s’est produit ensuite en 1967-1968 à Houston avec Lightnin’ Hopkins et il a enregistré à ses côtés. Il est revenu ensuite à Chicago. Il a joué dans des clubs et gravé un album pour Mercury en 1970.
En 1981 il a émigré au Canada et a fait paraître cinq albums par la suite. On écoute un morceau extrait d’un album édité par MCA Records en 1998 « Lickin’ Gravy ». Le morceau s’intitule Everybody Got A Mojo. 
Wild Child Butler, au chant et à l’harmonica, Joe Kelly à la guitare, Joe Zacklan à la guitare rythmique, Aaron Burton à la basse et Sam Lay à la batterie.
Le dernier album de Wild Child Butler, « Sho’ ‘Nuff » est paru chez APO en 2001. Il est décédé en 2005.


4/ Lee Bond   
Je ne sais pas grand chose de ce chanteur de country music, dont deux morceaux sont présents sur un CD de compilation intitulé Mason Dixon Boogie volume 2 édité par Collector Records, un label hollandais.
Son premier enregistrement date de 1952. C’est pour une petite marque de Nashville, Republic. Le producteur, un certain Bill Beasley, a apparemment pas mal œuvré pour promouvoir le style. Lee Bond enregistre trois 45 tours en 1952, trois autres pour Capitol en 1953 et un pour Decca en 1954,soit sept en tout en trois ans, ce qui n’est pas si mal.
On écoute un morceau de 1952 tiré de son deuxième 45 tours publié par le label Tennessee, You’ve Been Cryin’, Sweetheart, qui figure sur la compilation Mason Dixon Boogie.
Ce morceau qui crache un peu – on s’en excuse - sonne terriblement vieux hillbilly, à rebours de la tendance dominante de la country des années cinquante, comme la plupart des morceaux présents sur la compilation Mason Dixon Boogie. On peut soupçonner le producteur Lee Beasley d’avoir été un puriste à la recherche des sonorités classiques de la country d’avant-guerre.
Lee Bond a encore gravé deux 45 tours en 1959/1960 pour le label Todd et un dernier, neuf ans plus tard en 1969 pour Unidad. 


5/ Harold Burrage, 1931-1966
 Chanteur pianiste né à Chicago. Son nom est inséparable du West Side, le style de blues apparu à Chicago dans les années soixante qui a révolutionné le genre.
Il réalise son premier enregistrement en 1950 pour Decca. En 1951 il enregistre pour Aladdin sans se déplacer à Los Angeles où étaient basés les studios du label, en restant à Chicago. En 1954 il grave un 45 tours pour Leonard Allen’s States. 
Il est l’un des premiers à signer pour la marque Cobra d’Eli Toscano. Cobra va devenir rapidement la marque phare, symbole du West Side. Entre 1956 et 1958, Harold Burrage grave une dizaine de titres sous son nom pour Cobra. Il accompagne aussi d’autres artistes comme pianiste pour le label.
On écoute un morceau de 1956, Hot Dog And A Bottle Of Pop, où Harold Burrage au chant et au piano est entouré de Magic Sam à la guitare, de Willie Dixon à la basse et de Bill Stepney à la batterie. 
On trouve ce morceau sur le CD intitulé « Harold Burrage – Messed Up ! », sous-titré « The Cobra Recordings 1956-1958 » édité par EMusic West Side. 
Le livret du CD nous apprend que le morceau n’a pas été édité par Cobra à l’époque. Je ne sais pas pourquoi. C’était en tout cas une tentative pour essayer de prendre pied sur le marché du rock ‘n’ roll. Il faut croire qu’Eli Toscano a estimé que ça ne pourrait pas marcher.
Dans les années soixante, Harold Burrage a enregistré pour Vee-Jay. Il a eu un succès en 1965 avec Got To Find My Way qui s’est classé au Billboard. Mais, hélas, sa carrière si prometteuse s’est interrompue prématurément l’année suivante en 1966 en raison d’un arrêt cardiaque.
Vraiment dommage ! Harold Burrage avait tout ce qu’il fallait pour porter le style West Side au plus haut.


6/ Precious Bryant, 1942-2013
 En 2002, il s’est passé quelque chose de rare, d’exceptionnel, sur les ondes en France. On a pu entendre à la radio, je parle des grandes stations bien sûr, une authentique chanteuse de country blues totalement inconnue, sinon par les amateurs spécialistes, qui s’accompagnait à la guitare de façon remarquable. C’était Precious Bryant qui a enchanté le public européen.
Elle est née en Géorgie Precious Bussey - Bryant c’est son nom de mariage – dans une famille de musiciens et déjà, à l’âge de six ans, elle jouait de la guitare. Elle a commencé, tout naturellement, en accompagnant ses sœurs qui chantaient du gospel à l’église du coin. Elle est repérée en 1967 par George Mitchell, le chercheur auquel on a consacré une émission avec Marc. George Mitchell la fait graver alors plusieurs morceaux. 
Precious Bryant se contente de se produire localement. George Mitchell parvient quand même à la persuader en 1983 de participer au Chattahoochee Folk Festival. Après cela, il faudra attendre près de vingt ans pour qu’on entende reparler d’elle. C’est en 2002 qu’elle sort un album, « Fool Me Good », chez Terminus Records. C’est ce fameux album qui est passé sur les ondes à l’époque.
On va écouter un morceau de l’album. Il s’agit de Broke And Ain’t Got A Dime. 
La voix énergique, la guitare somptueuse : Precious Bryant sait restituer toute la magie du blues de la côte est. Elle interprète également des morceaux au rythme plus appuyé qui déménagent. Les spécialistes indiquent que son style marie les influences du blues de la côte est et du rhythm and blues, voire du rock ‘n’ roll.
Elle a fait une exception à sa règle de vie. Elle est venue en France en 2003 où elle a participé au festival de Cognac Blues Passions, à une époque où on pouvait encore entendre du vrai blues à ce festival. Oh, pas sur la grande scène, pensez donc ! Dans une petite salle à l’écart, où je peux vous dire qu’elle a déchaîné le public !
Elle a sorti deux autres albums en 2005. Quand on l’a interrogé à Cognac si elle connaissait des musiciens qui jouaient dans le même style qu’elle, elle a répondu : « Non, je ne vois personne, je pense être aujourd’hui la seule à encore jouer ce type de blues dans ma région. » 
Elle est décédée en 2013 et avec elle s’en est allée une des dernières représentantes du blues de la côte est, le Piedmont blues.


7/ Chuck Berry, 1931-2017
Nous avons eu l’occasion d’entendre au cours d’une précédente émission de Hot Ariège le morceau Sweet Little Rock And Roller interprété par Eddie Clearwater. 
Je vous propose d’écouter la version originale de Chuck Berry enregistrée en 1958 chez Chess avec Chuck Berry au chant et à la guitare, peut-être également Bo Diddley à la guitare, Jimmy Johnson au piano, Willie Dixon à la basse et Fred Below à la batterie.
On peut noter au passage que les accompagnateurs de Chuck Berry en studio, l’équipe de Chess Records, était ce qui se faisait de mieux à l’époque. Bien au contraire, quand il était en tournée quelque part dans le monde, il se faisait accompagner par les rockers du coin, ce qui pouvait être vraiment catastrophique comme à Toulouse au Stadium en 1977, mais il s’en sortait toujours, il retombait sur ses pieds, en rattrapant une note par là ou en glissant sur une autre un peu plus loin…
Douce petite rock ‘n’ rolleuse :
« Elle avait neuf ans et elle était douce 
Tout habillée comme un arbre de Noël au centre ville 
Dansant et fredonnant une mélodie de rock ‘n’ roll… »
Chuck Berry n’a pas eu besoin de plusieurs années dans une business school pour apprendre le marketing. Il avait flairé l’air de son temps et il ciblait très clairement un public d’adolescents. Il n’hésitait pas à mettre en scène des enfants très jeunes, souvent de sexe féminin. Lors de la même session d’enregistrement que Sweet Little Rock And Roller, il évoque dans Memphis, parfois la chanson est appelée Memphis Tennessee, une enfant de six ans dans des circonstances un peu bizarres. C’était peut-être un truc, n’empêche que ça a marché… !
  

8/ Henry Thomas, 1874-1930
Nous avons fait connaissance avec le songster itinérant Henry Thomas, le musicien de blues le plus archaïque à avoir enregistré, au cours d’une émission avec Marc consacrée au Texas. On avait pu entendre Bull Doze Blues, un morceau rendu célèbre grâce à sa reprise par le groupe pop/rock Canned Heat qui l’avait notamment interprété en 1968 lors du festival de Woodstock sous le titre Going Up The Country.
Nous allons retrouver Henry Thomas et les tuyaux dans lesquels il soufflait pour sortir un son léger. Henry Thomas, surnommé Ragtime ou Ragtime Texas, a enregistré entre 1927 et 1929 24 faces pour Vocalion qui en a édité 23. Ces morceaux sont réunis sur un CD Yazoo intitulé « Henry Thomas, Texas Worried Blues, Complete Recorded Works, 1927-1929 ».
On écoute le premier morceau du CD, Fishing Blues. .
Henry Thomas s’accompagne d’un instrument folklorique qu’il s’est sans doute fabriqué tout seul à base de roseaux de canne et dont le son est proche de celui de la flûte de pan des Andes.
Les morceaux de henry Thomas constituent un document sur la naissance du blues. Ses morceaux témoignent d’influences très diverses. Et tout cela s’est mélangé pour donner le blues !


9/ The Four Tunes
Ce groupe de doo wop a démarré en 1944 avec un quatuor qui portait le nom de « The Brown Dots » et qui comprenait déjà le baryton guitariste William Henry Pat Best et la basse Jimmy Gordon. Le ténor Jimmie Nabbie arrive en 1946 de même que Danny Owens. Le groupe prend alors le nom de « The Sentimentalists », en référence à un succès des Brown Dots, For Sentimental Reasons.
Les Sentimentalists accompagnent la chanteuse Savannah Churchill qui place un morceau en tête du Billboard rhythm and blues en 1947, I Want To Be Loved (But Only By You). Ils sont également présents sur des titres de la chanteuse en 1948.
Mais la chanson c’est aussi du business et le business n’a rien à voir avec les sentiments. Quand le chef d’orchestre bien connu Tommy Dorsey leur demande d’abandonner le nom de Sentimentalists parce que c’est le nom de son groupe et qu’il est plus ancien, ils sont obligés de s’exécuter. Ils deviennent alors The Four Tunes.
Ils enregistrent quelques morceaux pour le label Manor, puis ils signent chez RCA Victor chez lequel ils sortiront 18 disques entre 1949 et 1953. En 1953, ils passent chez Jubilee et décrochent un numéro 2 au Billboard, Marie, qui se vend à plus d’un million d’exemplaires.
Marie, c’est le morceau qu’on écoute !
A noter que Marie s’écrit avec « ie » et non avec un « y » à la fin.
Les Four Tunes auront un deuxième succès chez Jubilee, I Understand (Just How You Feel), numéro 7 au Billboard rhythm and blues et numéro 8 au Billboard pop, c’est-à-dire toutes musiques confondues.
Le label Jubilee fondé en 1948 a été le premier à montrer la possibilité d’atteindre le marché blanc avec un groupe vocal noir. D’abord avec Crying In The Chapel des Orioles puis avec les Four Tunes.
Nabbie et Owens ont quitté le groupe en 1963. Best et Gordon sont partis à la fin des années quatre-vingt-dix.  


10/ Sleepy LaBeef  
Chanteur guitariste de rockabilly né en 1935 dans l’Arkansas. Son vrai nom est Thomas Paulsey LaBeef. Il a récolté son surnom, Sleepy, l’endormi, dans son enfance. A noter que son nom de famille est dérivé d’un nom français, à l’origine LaBoeuf. 
Son premier enregistrement date de 1956 : Turn Me Loose, pour Crescent Records. Il enregistre ensuite des reprises sur de petits labels. Il faut attendre 1964, c’est-à-dire à un moment où le rockabilly est passé de mode, pour qu’il soit invité par Columbia pour sortir un album. En 1968, il a un succès chez Sun, qui a alors été repris par Shelby Singleton. Il récidive en 1969 chez Plantation Records. Dans les années soixante-dix il enregistre chez Sun, il fait des tournées.
C’est le rockabilly revival de la fin des années soixante-dix qui va relancer sa carrière. On écoute un morceau extrait de l’album « Downhome Rockabilly » édité par Sun, puis Charly, en 1979. Le morceau s’appelle Shot Gun Boogie.
Sleepy LaBeef a enregistré de très nombreux albums et il occupe une place à part dans le rockabilly. Il a traversé les années cinquante sans rencontrer de véritable succès. Et pourtant, il a réussi à s’imposer au fil des ans comme une figure incontournable du style et il est reconnu par les amateurs comme l’un des meilleurs. 


11/ Johnny Shines, 1915-1992
Johnny Shines est un chanteur guitariste qui a pas mal bourlingué autour de Memphis dans sa jeunesse. Il a côtoyé pas mal d’artistes, comme Will Shade, le leader du Memphis Jug Band, l’harmoniciste Big Walter Horton, Howlin’ Wolf et surtout Robert Johnson qui a considérablement influencé son style. En 1941 il s’est fixé à Chicago. C’est en 1946 qu’il commence à enregistrer pour Columbia. On ne sait pas pourquoi, bien que les morceaux soient extrêmement réussis, la firme choisit de ne pas les éditer ! Quatre ans plus tard, en 1950, il grave deux faces pour Chess en compagnie de Little Walter, deux chefs d’œuvre, et là, rebelote : Chess ne publie pas les morceaux, sans doute parce que Johnny Shines s’exprime dans un style proche de celui de Muddy Waters et la firme ne veut pas créer de la concurrence pour son artiste vedette !
C’est finalement une petite marque, JOB, qui va sortir les premiers disques de Johnny Shines en 1952. Ce sont des faces superbes, époustouflantes ! On écoute l’une d’elles, Ramblin’. 
JOB, label créé par l’homme d’affaires Joe Brown, surtout connu pour un titre (Five Long Years d’Eddie Boyd) n’a en fait pas beaucoup de moyens pour la promo de ses disques. En 1959, sans contrat, Johnny Shines renonce à la musique. Il redémarre en 1965 grâce au blues revival, à la suite de quoi il a fait une carrière honorable.
Johnny Shines, c’était en fait un grand bluesman qui n’aura pas eu trop de chance


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mercredi 3 octobre 2018

Séance 44


HOT ARIEGE
Du swing, des blue notes et du rythme
Avec Bruno Blue Boy !


Séance 44 


1/ Louis Armstrong, 1901-1971
Bien sûr, tout le monde connaît le nom de Louis Armstrong. Le critique Hugues Panassié a pu écrire que « L’histoire de Louis Armstrong, c’est l’histoire du jazz ». Il est reconnu comme le meilleur spécialiste de la trompette ; c’est un chanteur exceptionnel ; il a joué un rôle essentiel dans la transformation du style débridé des débuts à La Nouvelle Orléans en une musique structurée et puissante ; ce fut un chef d’orchestre remarquable et enfin il a été le premier ambassadeur du jazz à travers le monde. 
Son destin n’était pourtant pas écrit au départ. Enfant, il chante dans les rues de La Nouvelle Orléans avec des bandes de gosses. Il est envoyé dans un foyer pour jeunes délinquants «  de couleur » - la ségrégation était telle que même la « racaille » comme certains disent maintenant on ne la mélangeait pas. C’est là qu’il apprend à jouer du cornet (la trompette, instrument noble, a plutôt été réservée aux Blancs pendant longtemps). Quand il sort du foyer, à treize ans, il se fait vendeur de charbon le jour et il joue la nuit dans un honky tonk, ce genre d’établissement à la fois bistrot, dancing et tripot mal famé. Heureusement, car il aurait pu mal tourner, il est repéré par King Oliver qui règne sur le jazz New Orleans grâce auquel il est engagé dans l’orchestre de Kid Ory. 
En 1918 il joue dans l’orchestre de Fate Marable sur les riverboats, ces immenses bateaux à vapeur qui remontent le Mississippi. Mais Storyville, le quartier noir, le centre du jazz à La Nouvelle Orleans, est fermé et il s’ensuit un exode général des musiciens de la ville vers Chicago qui devient alors pendant une dizaine d’années la capitale du jazz, avant de devenir la capitale du blues.
C’est en 1922 à Chicago, au sein de l’orchestre de King Oliver, le Creole Jazz Band, que Louis Armstrong réalise ses premiers enregistrements. En 1924, il rentre dans l’orchestre de Fletcher Henderson à New York. C’est en 1925 que Louis Armstrong commence à diriger ses premiers orchestres, les Hot Five, avec Johnny Dodds à la clarinette, Kid Ory au trombone, Lil Hardin sa femme au piano et John St. Cyr à la guitare ou au banjo. Les Hot Five deviendront Hot Seven avec notamment Baby Dodds à la batterie, puis de nouveau Hot Five… Ces orchestres réalisent des séances d’enregistrement où Louis Armstrong casse les codes : le jeu à la trompette est révolutionnaire, les solos sont plus abondants, les improvisations collectives plus libres. 
Je vous propose d’écouter un morceau tiré des dernières séances d’enregistrement des Hot Five en 1927. Aux musiciens habituels, Louis Armstrong au chant et à la trompette, Kid Ory au trombone, Johnny Dodds à la clarinette, John St. Cyr au banjo  et Lil Hardin au piano, s’ajoute une prestation du guitariste de blues Lonnie Johnson. Les critiques sont unanimes pour dire que la présence de Lonnie Johnson sur le morceau I’m Not Rough contribue de manière essentielle à faire de ce morceau au climat particulier à l’époque un chef d’œuvre. On l’écoute.
► Louis Armstrong - I’m Not Rough
Nous aurons bien sûr l’occasion de reparler de Louis Armstrong, de la suite de sa carrière et de son rapport avec le blues. 
Je profite de ce morceau de Louis Armstrong pour vous signaler un livre, « Souffler n’est pas jouer », de Michel Boujut édité par Payot & Rivages. C’est un roman qui traite avec humour le passage d’Armstrong en France en 1934.


2/ Sonny Terry et Brownie McGhee
Nous avons déjà évoqué ces deux artistes de la côte est qui ont joué un rôle important dans la scène du blues à New York. 
Sonny Terry, l’harmoniciste aveugle, de son vrai nom Saunders Terrell, né en 1911 décédé en 1986, originaire de la Géorgie. qui a côtoyé le grand guitariste de la côte Est Blind Boy Fuller avec lequel il réalise ses premiers enregistrements en 1937 et qui a participé au célèbre concert du Carnegie Hall de 1938. Et le guitariste Brownie McGhee, né en 1915 dans le Tennessee décédé en 1996, qui s’est fait appeler au début de sa carrière Blind Boy Fuller No. 2 !
Sonny Terry et Brownie McGhee ont commencé à jouer ensemble en 1941. A partir de 1957 ils n’ont plus travaillé qu’ensemble. Leur fréquentation de Leadbelly et de Woody Guthrie les a associés au milieu folk de New-York. Mais ils ont aussi énormément travaillé avec les artistes de rhythm and blues et les bluesmen de New-York : à commencer par Sticks McGhee, le frère de Brownie auteur du célèbre Drinkin’ Wine Spo-Dee-O-Dee, Bob Gaddy, Champion Jack Dupree, Alec Seward, Mickey Baker et bien d’autres... 
On écoute leur version de Crawdad Hole, un air folk traditionnel qu’on trouve parfois sous le nom de Crawdad Song, chez Woody Guthrie ou Big Bill Broonzy par exemple.
Ce morceau est disponible aujourd’hui sur le double CD édité par Great American Music Company, « I Shall Not Be Moved ». 
Sonny Terry et Brownie McGhee ont été extrêmement populaires dans les années soixante, soixante dix, auprès du public européen de l’American Folk Blues Festival et du blues revival.


3/ Helen Humes, 1911-1981
  Chanteuse originaire du Kentucky. Elle commence dans le blues. En 1926, à l’âge de treize ans, elle chante dans un groupe qui compte notamment le pionnier du blues Sylvester Weaver qui la recommande à un producteur. L’année suivante elle enregistre quelques blues.
Elle arrive à New York en 1930. Dans le registre jazz, elle enregistre avec les orchestres de Count Basie et Harry James. A partir de 1944 elle opte pour le style en vogue, le rhythm and blues. Elle se fixe sur la côte ouest et enregistre abondamment. Son plus grand succès date de 1945. C’est un morceau enregistré pour le label Philo, Be-Baba-Leba. Nous avons eu l’occasion d’entendre au cours d’une émission précédente la version de Thurston Harris de ce grand succès de Helen Humes. 
Je vous propose d’écouter un autre morceau de 1945 issu de la même session, He May Be Your Man, où elle chante avec l’orchestre de Bill Doggett. Elle est donc au chant, Ross Butler à la trompette, John Brown au saxo alto, Wild Bill Moore au saxo ténor, Ernest Thompson au saxo baryton, Bill Doggett au piano, Elmer Warner à la guitare, Alfred Moore à la basse et Charlie Harris à la batterie.
A partir des années cinquante, Helen Humes retourne au jazz. Elle est connue cependant des amateurs de blues en France car elle a participé en 1962 à la première tournée de l’American Folk Blues Festival, aux côtés d’une espèce de « dream team » avec John Lee Hooker, T-Bone Walker, Memphis Slim, Willie Dixon…


4/ Mercy Baby, 1930-1977
A ne pas confondre avec Mercy Dee (Walton) qui est plus connu. Ce batteur, chanteur, compositeur est originaire du Mississippi et son vrai nom est Julius W. Jimmy Mullins. 
En 1948 il se fixe dans le Texas, à Dallas. Il va jouer avec Frankie Lee Sims, l’un des bluesmen texans en vue dans ces années-là, jusqu’en 1960. C’est lui notamment qui tient la batterie sur le succès de Frankie Lee, What Will Lucy Do ? Il sort sous le nom de Mercy Baby deux singles en 1957 chez Ace, avec Frankie Lee Sims à la guitare. 
On écoute l’un de ces morceaux, Rock And Roll Baby. 
Après ses deux disques chez Ace, Mercy baby sort un 45 tours chez Ric en 1958. Les disques qu’il fait paraître en 1958 et 1959 sont édités par son propre label.
Il meurt à 46 ans d’une blessure par balle à la suite d’une altercation. La vie de bluesman à l’époque c’était dangereux. Elle s’est terminée tragiquement pour plus d’un.


5/ Blind Willie McTell, 1898-1959 
Retour avant-guerre et retour sur la côte est avec William Samuel McTell, guitariste aveugle né en 1898, décédé en 1959, originaire de Géorgie. C’était un chanteur de rue au jeu de guitare est exceptionnel et au répertoire éclectique.
Blind Willie McTell a enregistré abondamment à partir de 1927 mais il n’a jamais rencontré un grand succès commercial. On écoute l’un de ses morceaux les plus connus enregistré en 1928, Statesboro Blues. 
On avait entendu la version de Taj Mahal enregistrée quarante ans plus tard. On vient d’entendre la version originale de ce standard du blues.
Il enregistre après la guerre jusqu’en 1956, ce qui est assez rare pour les bluesmen d’avant-guerre. Mais il meurt en 1959, ce qui l’a privé du blues revival dont il aurait pu être un des principaux héros, compte tenu de son talent incroyable et de ses performances à la guitare, s’il avait vécu jusque-là. 


6/ Jack Guthrie, 1915-1948
Ce chanteur compositeur né dans l’Oklahoma dont le vrai nom est Leon Jerry Guthrie est un cousin de Woody Guthrie. En 1930 il s’installe en Californie. Il est alors un vrai cow-boy qui participe à des rodéos. A partir de 1937 il se reconvertit dans la chanson et il parcourt la Californie en compagnie de son cousin Woody. Ils sont approchés par plusieurs labels. Woody décide de partir pour New-York tandis que Jack est enrôlé dans l’armée. Il sera grièvement blessé dans le Pacifique.
A son  retour en 1944 il est l’un des premiers artistes à signer pour le nouveau label indépendant Capitol. En 1945 il décroche un super hit avec Oklahoma Hills qui atteint la première place au hit parade country. La face B du disque, I’m A Brandin’ My Darlin’ With My Heart, se classe en cinquième position.
On écoute un morceau de l’année suivante, 1946, Oakie Boogie, une reprise d’une composition de Johnny Tyler.
Morceau de country boogie enregistré à Hollywood en 1946, avec Jack Guthrie au chant et à la guitare, Porky Freeman et Red Murrell aux guitares, Smoky Fields au violon et Cliffie Stone à la basse.  
A noter la belle prestation de Porky Freeman, pionnier de la guitare électrique, qui a eu des succès sous son nom et qui se faisait aussi musicien de studio.
Jack Guthrie est décédé en 1948 des suites de ses blessures de guerre.


7/ Eddie Ashton   
Je n’ai aucun renseignement sur Eddie Ashton qui est l’auteur du morceau qu’on va écouter qui est issu d’une compilation de disques rares, si ce n’est qu’il est probablement le chanteur et celui qui tient le trombone. Le morceau s’appelle I Just Can’t Help It. 
► Eddie Ashton - I Just Can’t Help It. 
Un morceau difficile à classer : le traitement est moderne mais la structure fait très rhythm and blues. Apparemment, Eddie Ashton n’a rien enregistré d’autre sous son nom.


8/ Webb Pierce, 1921-1991
Ce chanteur guitariste né en Louisiane, fut l’un des artistes de la country music les plus populaires dans les années cinquante.
En 1949 il signe chez Four Star Records. En 1951 il signe chez Decca et il décroche son premier hit avec Wondering, numéro 1 au Billboard country. En 1952 il se fixe à Nashville et That Heart Belongs To Me obtient également une première place au hit-parade. Il est choisi pour remplacer Hank Williams au Grand Ole Opry, le spectacle radiophonique de country de Nashville. En fait, pendant plusieurs années, il va remplacer Hank Williams au sommet de la country music. Il va placer pas moins de dix titres à la première place du hit-parade country en quatre ans. Son morceau le plus célèbre, In The Jailhouse Now, reste accroché à la place de numéro 1 en 1955  pendant 21 semaines ; le titres reste 37 semaines en tout classé au Billboard. 
On écoute un morceau sorti en 1959 qui fleure bon le rock ‘n’ roll, I Ain’t Never. 
Webb Pierce a continué à jouer jusqu’en 1982, alignant 96 hits en tout dans la période. Il était connu pour son goût du faste et ses extravagances comme se faire tailler un costume en dollars ou se faire construire une piscine à Nashville en forme de guitare.
C’est évidemment un chanteur de country de tout premier plan. Il est curieusement absent de certaines compilations consacrées à la country music. Mais on trouve bien sûr ses morceaux sur certaines, comme les coffrets Frémeaux ou bien le coffret de dix CD « Rock-a-Billy Cowboys » édité par le label The Intense Media. 


9/ Andrew Brown, 1937-1985
Chanteur guitariste né dans le Mississippi, établi à Chicago en 1946. Il fait ses débuts dans des clubs. Il joue dans les tavernes du West Side de Chicago avec Magic Sam, Freddie King et bien d’autres… Quand il rentre du service militaire en 1962, il trouve un emploi dans une aciérie et continue à jouer de manière sporadique. Entre 1963 et 1966, il grave quelques disques pour USA et Four Brothers. Le succès de You Ought To Be Ashamed lui permet de faire quelques tournées mais ça ne décolle pas vraiment. Il devra attendre plusieurs années, jusqu’en 1973, avant de retourner dans un studio. Et encore, il a dû payer la session sur ses deniers : quatre morceaux enregistrés en une demi-heure édités par un petit label, Brave ! Encore une fois, il fait de la bonne musique, mais la promotion ne suit pas. Vous l’avez compris, Andrew Brown fait partie de la longue liste des artistes de Chicago qui ont beaucoup galéré dans les années soixante.
Il doit se résigner à retourner à l’aciérie. il se blesse et c’est son incapacité qui le pousse à revenir au blues. 
C’est Bruce Iglauer, le producteur d’Alligator, qui va le sortir du marasme. Il est retenu pour figurer sur la série Living Chicago Blues. Les trois morceaux édités vont asseoir sa notoriété, surtout en Europe où se trouve à présent un nouveau public pour le blues.
Je vous propose d’écouter un titre du volume 5 de la série Living Chicago Blues, Morning Noon And Night. 
Andrew Brown sort deux albums dans les années quatre-vingt édités par des labels européens : « Big Brown’s Chicago Blues » chez Black Magic et « On The Case » chez Double Trouble.
Andrew Brown est mort en 1985 à quarante-huit ans, au moment où il commençait à être reconnu à sa juste valeur, c’est-à-dire comme un grand du blues de Chicago.


10/ Ralph Willis, 1910-1957
On ne sait pas si Ralph Willis est né en Géorgie ou dans l’Alabama. Ce qu’on sait, c’est que c’est un super chanteur guitariste du Piedmont, le style de la côte est. 
Au milieu ou à la fin des années trente il s’établit en Caroline du Nord où il fréquente Blind Boy Fuller, le guitariste vedette de la côte est, Buddy Moss, Brownie McGhee. Comme les autres guitaristes de la côte est, il finit par s’installer à New York en 1944. J’ai déjà évoqué ces mouvements migratoires parallèles qui ont poussé les Noirs du Mississippi ou de la Louisiane vers Chicago et ceux de la côte est vers New York.
Pendant neuf ans, entre 1944 et 1953, Ralph Willis enregistre abondamment pour Signature, Savoy, Jubilee, Prestige et King.
On écoute un morceau de 1949, Cool That Thing. Ralph Willis au chant et à la guitare est accompagné par Brownie McGhee, également au chant et à la guitare.
Ralph Willis c’est une musique simple, rythmée, swinguante. Il a été enregistré soit seul soit en duo, comme ici avec Brownie McGhee.


 11/ John Brim, 1922-2003
Chanteur guitariste né en 1922 dans le Kentucky et décédé en 2003.
C’est en 1945 qu’il se fixe à Chicago où il travaille dans une blanchisserie. C’est un habitué de la fameuse rue Maxwell, la Maxwell Street, où se produisent les bluesmen de Chicago. En 1947 il épouse une chanteuse, Grace Millard, qui joue aussi de l’harmonica. Plus tard elle jouera aussi de la batterie et l’accompagnera.
En 1951 il enregistre un premier disque avec Big Maceo pour Fortune. En 1951-1952, il enregistre pour Random et J.O.B. Il joue alors fréquemment avec Jimmy Reed, Eddie Taylor, Albert King.
En 1953 il réalise plusieurs sessions pour Chess. Il enregistre notamment le morceau Ice Cream Man qui ne sera édité que seize ans plus tard, en 1969. C’est le morceau qu’on écoute. John Brim est au chant et à la guitare, Eddie Taylor à la guitare également, Little Walter à l’harmonica et Elgin Evans à la batterie.
En 1953 toujours, John Brim enregistre aussi pour Parrot et le morceau Tough Times connaît un certain succès. En 1955-1956, John Brim enregistre à nouveau pour Chess. Jusqu’en 1960, John Brim et sa femme jouent dans des clubs de Chicago. Ils renoncent ensuite à la carrière. John Brim fonde son propre label, BB, chez lequel il sortira un disque en 1971. Grâce aux droits d’auteur générés par la reprise d’Ice Cream Man par le groupe rock Van Halen, il ouvre ensuite un night club. 
Il réapparaît en 1991 au Chicago Blues Festival. A noter qu’il est accompagné par un groupe qui s’appelle les Ice Cream Men, alors que cela n’a rien à voir avec son morceau de 1953 : c’est lié au fait que le leader d’origine, Smokey Smothers, était vendeur de glaces (« ice cream » en anglais).  
En 1994 il sort un album chez Tone Cool Records. En 1997, il participe au San Francisco Blues Festival.


Vous pouvez écouter les morceaux présentés ici en cliquant sur le titre de la chanson en ROUGE

Vous Pouvez écouter "Hot Ariège" en direct les mercredis a 19h sur Radio Transparence :

https://www.radio-transparence.org/

Merci pour votre visite & Bon Blues !!